Défis de rentrée

Les cahiers sont sortis, les livres du maîtres, les manuels envahissent la table de la salle de séjour. Des dizaines d’onglets sont ouverts sur mon navigateur. Sur mon disque dur, il y a un nouveau dossier intitulé CM2017-2018 qui se remplit progressivement de sous dossiers et documents.

Je reprends une nouvelle école, avec double niveau sur lequel j’ai peu pratiqué. C’est mon deuxième poste fixe, et cette fois-ci ce serait bien que je m’y accroche un peu. Dans ma tête, il y a des envies pour ma classe que je n’ose pas encore transformer en projets : coder un petit jeu vidéo, faire des robots, monter un élevage, travailler sur la réduction des déchets, entrer doucement en pédagogie Freinet…

Mon esprit trop indiscipliné s’y perd, c’est très dur de m’organiser un minimum, de m’astreindre à un minimum de rigueur, progressions et programmation… Il me faut encore apprendre à voir la forêt autour de l’arbre.

C’est plutôt difficile aussi de me dire que je vais devoir m’imposer devant ces presque préados. Je suis de moins en moins à l’aise avec l’idée d’exercer une autorité sur autrui (et a fortiori sur des mômes qui n’ont rien demandé), et pourtant il en faut pour enseigner paisiblement… Il faut aussi de la confiance pour ne pas se démoraliser aux discours ambiant du type « ne laisse rien passer à ces enfants tyrans« . Comme avec mes propres enfants, je ne donne ni punitions ni récompenses, je suis en pleine réflexion sur comment transposer cela avec des élèves qui n’ont pas baignés tout petits dans l’éducation « positive».

Un jour, peut-être, je serai cette enseignante géniale qui donnera aux élèves le gout du travail et du questionnement. Etre le genre de personne avec qui j’aurais aimé jadis faire du chemin, celle que j’ai rencontré parfois mais trop brièvement pour en être nourrie. Etre une prof, parmi des dizaines d’autres que ces enfants rencontreront ou ont déjà rencontré,  qui contribuera un peu à en faire des personnes libres et pas que des travailleurs et consommateurs. Des jeunes gens, des adultes qui ne tourneront pas la tête devant l’injustice de ce monde, et qui auront su préserver un peu leur âme d’enfant…  J’ai beaucoup, beaucoup de travail avant d’arriver à cela. En attendant, a minima, j’espère ne pas nuire aux enfants qui vont m’être confiés. C’est si facile de décourager un élève, si facile aussi de leur apprendre à de contenter de peu, du travail moyen qui fait que « ça passe ».

Il me faut me dire que jamais je ne baisserai les bras, en face de ceux qui ne lisent pas encore vraiment, ceux qui butent devant un calcul simple, ceux qui affirment déjà « l’école c’est pas pour moi ». Inlassablement il me faudra rechercher toujours le petit levier, l’étincelle, le don ignoré, s’en persuader, et surtout en persuader les élèves.

C’est mon job. Il reste à trouver comment l’exercer au mieux, avec plaisir et sens. Je ne suis pas sûre d’y arriver, pas encore sûre d’être faite pour ça, moi qui suis passé à deux doigts de la démission. Mais je suis décidée à essayer.

 

Comment ça commence, mai 2017

Je n’ai pas été bien assidue l’an dernier pour le défi d’Agoaye, je doute l’être beaucoup plus en 2017 avec le « Comment ça commence », mais je me lance tout de même pour le mois de mai. Le principe est très simple : chaque mois, Agoaye propose une amorce pour nous permettre de dévoiler sa prose au monde, la seule contrainte étant que tous les écrits participants commencent par la même phrase tirée au sort .

Voici mon texte (ma « presque première » fiction, soyez indulgents :D):

« — Foutaises ! On ne croit pas un mot de ce que vous annoncez ! C’est complètement, définitivement, TOTALEMENT impossible ! Mais comment osez-vous toi Ajdar et toi Qassim venir nous raconter de telles balivernes ! Foutaises ! Alis et moi sommes fatigués de vos pitreries et de vos pitoyables efforts pour vous faire remarquer, soupira Iskan. Comme si la couronne de l’Obscur pouvait disparaître soudainement, comme ça, après quelque chose comme 1200 ans de sommeil ! »

Les yeux baissés devant les mines fâchées du vieux couple, les deux garçons laissèrent passer l’orage, encaissant les reproches du maître d’école. Puis, quand Iskan eut finit ses récriminations, Ajdar leva la tête, regarda son père adoptif dans les yeux et affirma :

« —  Pourtant lorsque nous sommes arrivés au centre du fort, nous n’avons pas vu la couronne, je le jure sur ce que j’ai de plus cher.

—Ne mêle  pas ta sœur à cette histoire s’il te plait, le réprimanda Alis, le regard soudain durci.

— Je ne suis pas le propriétaire de ma sœur, répondit Ajdar, ce n’est pas à elle à qui je pensais, mais au livre. »

Alis fixa le garçon. Lorsque, 14 ans plus tôt son homme avait découvert, aux abords des mines, deux nouveau-nés à la peau sombre, il y avait dans leur panier d’osier une étrange pierre ronde, dure et noire d’où perçait parfois des reflets rouges, et un livre.  Nul n’était encore parvenu à identifier l’origine de l’ouvrage richement relié, et encore moins à déchiffrer son contenu. En grandissant Ajdar avait considéré l’ouvrage, témoin de son passé, comme « son » livre,  auquel il se sentait étrangement lié. Le couple, qui chérissait les enfants et les considérait comme les leurs, se doutait qu’Ajdar comptait qu’un jour le livre l’éclairerait sur ses origines, et n’osait pas leur avouer de peur de les attrister.

Iskan lui aussi réfléchissait. Ajdar en grandissant avait pris goût aux farces et aux escapades. Ces dernières duraient de plus en plus longtemps, l’entraînant à des endroits que la plupart des habitants d’ici ne connaissaient que de nom. Grand, mince, la peau et les yeux sombres, c’était un garçon drôle, chaleureux, inventif, proche comme un frère de son cousin Qassim. Ajdar aurait pu être la face lumineuse d’une pièce alors qu’Azma sa sœur,  muette et si différente aurait été la face sombre. Bien que l’apparence physique d’Ajdar différât totalement de celle des gens d’ici, les autres enfants l’appréciaient.  Sa nature enjouée n’empêchait pas qu’il fut un adolescent à qui son entourage accordait sans peine sa confiance.

Soit son protégé avait perdu la tête, soit des choses étranges étaient advenues sur le haut plateau. Dans tous les cas, Iskan, tout bougon et borné qu’il était souvent, ne pouvait faire comme si de rien n’était.

Iskan regarda Alis et vit qu’elle était arrivée elle-aussi à une conclusion identique.

« — Soit, à mon âge, je préférerais rester ici avec ma femme, ma fille et un bon repas, mais nous irons voir ce qu’il se passe. Gare à toi mon garçon si c’est une nouvelle farce que tu me joues, ajouta Iskan la mine sombre. Nous pouvons partir demain matin, et bien sûr Qassim peut venir aussi, si son père n’a pas besoin de lui. »

Ce fut trois jours entiers de voyage à dos de mule pour Iskan et le chargement, à pied pour les garçons qui s’impatientaient de la faible allure de la caravane.

Au midi du quatrième jour, ils atteignirent le haut plateau d’Aska’as, terme qui signifie « La victoire ». Celle contre le roi Obscur de la légende, cruel et sans pitié qui mena la bataille autour de la forteresse. On raconte que tant de sang fut versé sur Aska’as que la terre en resta gorgée pendant vingt ans.  On raconte encore que c’est pour cela qu’aujourd’hui, la végétation y est rare, comme si la vie répugnait à reprendre possession du lieu. Mais la chose la plus étrange restait cette couronne, enchâssée dans une sorte de diamant géant de la taille d’un enfant,  pierre si dure que nulle pioche n’avait pu l’attaquer.  Certains soupçonnaient la magie des prêtres de la côte, mais au fond personne ne s’expliquait vraiment le phénomène.  Pacifiques et bons vivants, les gens d’ici n’étaient pas particulièrement curieux.

Tandis qu’ils s’approchaient des ruines de la forteresse, les mules renâclaient de plus en plus et Iskan sentait poindre dans sa poitrine une sensation de malaise diffus. C’était comme une note dissonante et persistante, qui perturbait l’harmonie du monde et résonnait de plus en plus fort sans qu’on parvienne à identifier sa  source.

Aska’as n’avait jamais été un endroit particulièrement chaleureux, avec ses pierres immenses, sa végétation rare et torturée, ses sinistres légendes, et Iskan se faisait sans doute vieux et sensible.  Le professeur appliqua ses habituelles techniques de respiration pour se calmer, mais ce fut en vain.

Le deux garçons, eux, semblaient  cheminer comme à leur habitude, trottant,  parlant fort et chahutant.

Après un rapide repas, ils pénétrèrent dans l es vestiges du fort, dont le temps n’avaient laissé que des pierres érodées par le vent.  Le lieu était désert,  mis à part les adolescents en quête d’exploration, seuls les prêtres de la côte ou de rares étrangers, attirés par l’aventure ou d’hypothétiques profits venaient rarement.  Les garçons se taisaient déjà depuis un moment, mal à l’aise à leur tour, eux qui avaient passé une bonne partie du voyage à plaisanter sur des suppositions plus ou moins farfelues sur la cause de la disparition de l’objet. Il y eut encore un moment de marche. Les pierres écroulées rendaient malaisée  leur progression car il fallait enjamber, contourner et parfois faire demi-tour pour se frayer un chemin. Qui se serait soucié de préserver ces vieilles pierres ?  De toute façon personne n’avait jamais réussi à s’emparer du trésor de diamant en leur cœur.

Ils atteignirent les restes de ce qui semblait être une fontaine octogonale. Là où aurait du se trouver le diamant et sa couronne restait simplement des débris de verre. L’objet avait bel et bien disparu. Et, incroyablement, ce qui rendait sa châsse inaltérable avait été brisé. Iskar se laissa tomber sur le sol et se mis à sangloter.  Le monde qu’il avait connu venait de s’écrouler.

illustration du défi comment ça commence

 

 

 

Débuter son journal créatif, mon bilan d’expérience

C’est sans but précis que je me suis mise en novembre à mon journal créatif, mais plutôt une envie puissante et soudaine d’en avoir un. Lorsque j’ai appris, via le magazine Peps,  la sortie en poche  du livre de Anne-Marie Jobin Le nouveau journal créatif, A la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, j’ai eu immédiatement envie de me le procurer. Je suis sortie acheter le bouquin un samedi après-midi, en ai lu les premières pages, puis, poussée par le sentiment urgent de démarrer très vite, j’ai repris la voiture  pour acheter le cahier qui me convenait.

Un journal créatif, c’est quoi ?

Le livre d’Anne-Marie Jobin regorge d’idées et d’inspiration,  son propos déborde la seule pratique du journal créatif pour défendre une vision humaniste d’un être, naturellement et de plein droit créatif, relié à lui et au monde.  Mais ça sera, peut-être, le sujet d’un autre article

Selon la définition de l’auteur  « Le journal créatif est un journal intime non conventionnel, un outil d’exploration de soi qui allie les mondes de l’écriture, du dessin et du collage de façon originale et créative »…  « L’accent est mis sur le processus et non pas sur le produit, ce qui implique qu’il n’est absolument pas nécessaire d’être « doué en arts ou en écriture pour en profiter pleinement. C’est un outil concret et flexible, facile à utiliser et accessible à tous »

Comment ça marche ?

Dans le livre de Jobin ou sur le net,  on trouve énormément de propositions. Libres à nous de piocher dans ce qui nous fait envie, sans progressions ou  méthode toute faite.

Parmi les propositions que j’affectionne particulièrement :

Le gribouillage libre : J’ai un crayon dans chaque main et je  laisse courir le trait sur la feuille sans but. J’essaie mes feutres tout neufs. Et me voilà toute petite fille, une après-midi de soleil provençal dans le garage de ma grand-mère à gribouiller pour l’unique plaisir de le faire,  un feutre dans ma main gauche. Jubilation. Juste avant que le jugement des adultes coupe cet élan.

Ecrire en spirale / Faire des mandalas

Ecrire sans s’arrêter un temps un nombre de pages, ce qui nous passe par la tête, sans se soucier de la grammaire et de l’orthographe.  On peut être surpris, voire un peu effrayée de ce qui sort de cet exercice si simple.

Le dialogue entre des parties imaginaires de soi :  Un exercice bien décapant lorsque  l’écoute de soi fait sortir la rage d’une partie négligée. On pourra ainsi à la CNV pour concilier nos différentes aspirations.  Concrètement, c’est l’exercice qui m’a le plus aidée à prendre une décision difficile

La silhouette : Dessiner le contour d’un bonhomme, dessiner, colorier ou écrire dans la silhouette ce qu’on ressent. Dessiner une partie de soi, ou de son corps et la faire parler (perso, j’y  dessine « mes monstres » :D).

Ecriture ponctuée avec un mot ou une phrase qui revient comme un leitmotiv…

En revanche le démarrage du collage a été moins évident. Je n’en avais jamais fait avant, à part un ou deux vision–board  et des choses plutôt très cadrées avec mes élèves.  Peu à peu j’apprends à lâcher prise pour déchirer, découper coller ce qui me passe par la tête (et vive les corbeilles où les bibliothèques désherbent leur vieux magazines..).

Aperçu de ce que à quoi peut ressembler un journal créatif

Qu’est-ce que la pratique du journal créatif peut m’apporter ?

Ecrire dans ce journal me permet de me recentrer et de me détendre. C’est un moment de tête à tête avec moi qui me convient bien. J’arrive relativement bien à porter  attention à ma respiration, mes ressentis corporels.  J’ai une grande impression de liberté.

Je m’y amuse (le dessin  brûlé lors du solstice, photographié, réimprimé et recollé dans le journal…).Dans mon journal, je peux gribouiller comme un bambin, coller des gommettes, ne pas finir, déchirer les feuilles, en recoller les morceaux.  Cela donne la sensation de revenir tout petit, lorsque nous savions encore nous amuser d’un rien.

J’aime bien dessiner, j’adore écrire mais j’ai vraiment du mal à m’y mettre en partie parce que je suis très sévère avec moi-même.  Dans ce journal , je sais que personne ne me lira ni ne regardera. C’est un écrit dont je suis la seule lectrice, un lieu où je peux explorer,autoriser mes émotions,  ressentir la connexion avec moi ou le monde…

La relecture de son journal créatif peut permettre d’identifier, à travers les répétitions de thèmes, les points importants pour un travail sur soi, seul ou accompagné.  Les propositions du bouquin m‘aident beaucoup à aller voir là où ça pique :  me sentir à ma place, gérer l’alternance des sensations de trop plein et de vide intérieur Et surtout me donner le droit d’exister et de m’aimer un peu plus.

J’aimerais m’y mettre mais aurai-je le temps ?

Un journal créatif sera plus satisfaisant s’il est mis à jour régulièrement.  Sa pratique est comparable à celle d’un instrument de musique. S’y mettre régulièrement  une à trois fois par semaine  semble un bon rythme.

Comme tout ce qui prend du temps, on choisit ou non de faire de la place au journal dans sa vie : ai-je du plaisir à pratiquer cette activité, et plus généralement quelle valeur j’accorde à moi-même et à mes aspirations ?  Je trouve incompatible l’écriture du journal avec la présence de mes enfants à la maison, ce qui m’a valu un long arrêt d’un mois (mais c’est une autre histoire). Néanmoins j’étais impatiente de reprendre mon journal et l’ai fait avec plaisir, et après tout  les périodes de contretemps ou de passage à vide font aussi partie de la vie.

De quoi aurai-je besoin ?

Pour être à l’aise, il faut un cahier au minimum de format A4 non ligné, avec des feuilles un peu résistantes. J’ai pris deux cahiers de dessin marque Lana à spirale d’un bon rapport qualité/prix (8 euros les cinquante pages, mais attention l’encre a quand même tendance à traverser, et de toute évidence le cahier n’est pas adapté à la peinture..).  Il faut prévoir aussi de se constituer, et de stocker, des magazines, photos, papier divers à découper. Comme j’ai tendance à amasser des tonnes de papier sans trop savoir quoi en faire (tickets/ journaux/ prospectus/ papiers « jolis »),  mon journal me donne une formidable opportunité pour les utiliser (et un excellent prétexte au fait que je n’arrive pas à m’en débarrasser).

Pour écrire, j’adore les jolis feutres pinceaux,  j’ai aussi une petite boîte de pastel (qui date du collège) et une boîte de crayons de couleurs. J’écris aussi souvent avec mon inséparable Bic quatre couleurs. Pour un déplacemement, il suffit de mettre le tout dans un petit sac, avec un « nécessaire de collage » constitué de quelques photos et papiers dans une enveloppe kraft.  Ce sont « les affaires de maman », elles font partie de mon petit carré personnel que je ne prête pas aux Doux.  Ce à quoi peut ressembler un journal créatif suite

Peu coûteux, libre, personnel et non jugeant, riche en possibilités, je suis ravie d’avoir découvert le journal créatif. C’est une activité riche en potentiel de développement personnel, mais surtout un moment de plaisir et de rencontre avec soi.

Bibliographie : Anne-Marie Jobin Le nouveau journal créatif. A la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, éditions Marabout

Pleine conscience, intelligence et hauts potentiels selon J. Siaud-Facchin

J’ai eu la chance d’assister samedi à la conférence « Pleine conscience, intelligence et hauts potentiels » par Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne et psychothérapeute, spécialiste des surdoués. La rencontre avait lieu dans une bibliothèque de Grenoble dans le cadre du cycle de conférences « une heure de psy par mois » lesquelles sont toujours une mine d’idées et de réflexions pour moi. Et puis disons que dans la famille, on se sent un peu concernés malgré tout par cette histoire de haut potentiels, ou de zèbritude…
Mme Siaud-Facchin commence sa conférence par cette simple question « comment savons nous que nous sommes là ? ».  La seule façon de le savoir est de nous relier à nos sensations corporelles. Or, nous passons paraît-il 47% de notre vie uniquement dans notre tête, enfermés dans nos pensées et déconnectés de notre corps.   Et bien souvent, nous avons la sensation de gâcher les moments notre vie, de ne pas parvenir à en profiter totalement. « Etre juste là »  représente donc un sacré défi pour la majorité d’entre nous.

Pour corser encore la difficulté, notre cerveau est aujourd’hui sollicité constamment. La moindre occupation, comme choisir un article au supermarché, dire bonjour à quelqu’un,  implique de faire la différence entre l’important et tout le reste.  Jean Philippe Lachaux, directeur de recherche en neurosciences cognitives, dans Le cerveau attentif  a montré que l’attention est une opération mentale de sélection permanente, qui fait que  nous passons notre temps à « scanner » de l’information pour choisir ensuite ce qui est important.

De plus, nous vivons une époque de sollicitation permanente, dont les réseaux sociaux sont l’archétype… Notre cerveau a du mal à s’adapter à cette évolution technologique fulgurante.

Quand Facebook nous empeche de bosser

Pourtant, le cerveau a besoin de paix pour penser. En outre, nous n’éprouvons plus le besoin de travailler notre mémoire, tâche que nous déléguons de plus en plus à nos smartphones et autres dispositifs électroniques… Cela peut devenir handicapant lorsque nous sommes privés de technologies et ne nous rend pas forcément plus performants.  Parallèlement, les émotions sont toujours présentes en nous et  orientent immensément notre attention. Nous vivons donc au milieu de « pompes à attention ».

A quoi sert le calme alors ? Il est démontré que le calme nous aide à nous sentir mieux. C’est selon Mihály Csíkszentmihályi un élément du bonheur. Cet auteur a d’ailleurs conceptualisé l’état de Flow, ce moment délicieux, où pleinement immergé dans ce que l’on fait, nous éprouvons un état de jubilation intense.

Etymologiquement, l’intelligence vient de « inter liggere » c’est-à-dire faire des liens.  Ce n’est pas qu’un processus mécanique, mais un phénomène  indissociable des compétences émotionnelles. Antonio Damasio, dans L’Erreur de Descartes, a montré que la science actuelle donne tort au philosophe qui théorisa la coupure du corps et de l’esprit, contrairement à Spinoza qui, a la même époque, avait compris que la joie était ce qui permettait de grandes réalisations.

Le  haut potentiel intellectuel, pour revenir à un thème principal de l’intervention,  est souvent désigné par l’acronyme HP.  Et c’est très amusant de voir qu’HP c’est aussi Harry Potter. Mme Siaud-Facchin fait un parallèle entre le petit sorcier et les personnes à haut potentiel. Harry Potter est élevé dans une famille qui le considère comme un vilain petit canard. Pour entrer à l’école des sorciers, et réaliser son potentiel, il doit le quai 9 ¾, celui qui n’est pas visible aux yeux des moldus.

En effet, le haut potentiel intellectuel n’est pas forcément un chemin pavé de gloire ou de facilité…  Les personnes concernées, pour qui Mme Siaud-Facchin emploie le terme de zèbre,  sont toutes très différentes, comme il n’existe pas deux pelages de zèbre identiques. Néanmoins, ces personnes partagent bien souvent des traits de fonctionnement spécifiques.

Parmi ces caractéristiques,  on trouve :

  • Un déficit d’inhibition latente : spontanément les personnes ne savent pas sélectionner l’information pertinente, elles peuvent avoir la sensation de se noyer sous les stimuli extérieurs
  • Un surengagement de « l’hémisphère droit » : La pensée de ces personnes ne suit pas un chemin linéaire, au contraire elle se déploie en arborescence, de façon quasi instantanée … Et les personnes pensent aussi avec leur ventre et leur cœur. C’est pour cela qu’il leur est difficile d’expliquer leur raisonnement, elles ne voient tout simplement pas  Si cette forme de pensée est un terreau fertile pour la pensée divergente, elle suscite un doute quasi perpétuel… Ainsi un zèbre qui paraît avoir la grosse tête tente simplement de cacher à lui et aux autres sa grande vulnérabilité. Pourtant cette vulnérabilité est une force puisqu’elle constitue notre humanité.
  • Une grande empathie : les personnes à haut potentiels ont plus de neurones miroirs. Elles se mettent très facilement en synchronisation  avec les émotions des autres.  Ainsi, elles ressentent les événements avec une grande intensité, ce qui accentue leur vulnérabilité, c’est l’ « Intense World Syndrom ». On confond malheureusement souvent cette caractéristique avec de l’immaturité affective.
  • Ces personnes ont des valeurs très fortes et non négociables, au premier rang desquelles figurent la justice, la confiance, l’absolu et l’amour.

La personne risque donc de connaitre des difficultés d’ajustement au monde dans lequel elle vit. Sa pensée en arborescence, que des connexions cérébrales ultrarapides font déployer à une vitesse vertigineuse, est facteur de fatigue et d’agitation.

Les zèbres ont donc tout intérêt à pratiquer la pleine conscience. Les programmes de méditation laïques sont validés par des dizaines d’études qui montrent un effet sur la réduction du stress, la régulation émotionnelle, le renforcement des défenses immunitaires… Décider d’être attentif, c’est comme pouvoir  jouer d’un instrument de musique, il faut apprendre et s’entraîner. Le cerveau a un mode de fonctionnement paresseux (ou économe c’est selon) et il reproduit spontanément ce qu’il connait. Il faut donc un effort conscient pour :

-se poser

-Ressentir

– observer

-laisser être

La recherche d’une harmonie intime nécessite de savoir appuyer sur son bouton pause, un peu comme les silences d’une partition mettent en relief les éléments sonores et permettent de les apprécier pleinement.  La méditation, parce qu’elle permet d’observer calmement ses pensées, favorise la métacognition. La métacognition, c’est la capacité à observer et à réfléchir sur son raisonnement. C’est justement un point faible des zèbres. Or « je suis en train de penser que je suis nul » est bien différent de « Je suis nul ». La méditation développe nos capacités d’écoute active, sans jugement ni intervention.

C’est une urgence de santé publique d’introduire une éducation aux compétences émotionnelles dès la maternelle.  C’est à l’âge de raison (vers 6, 7 ans) que les enfants peuvent accéder véritablement au pratiques de pleine conscience.

Les « surdoués » ont tout avantage à pratiquer la pleine conscience car ils sont particulièrement soumis à leur tumulte intérieur.  Méditer ne peut qu’aider  ceux qui se trouvent en difficulté, ce devrait même  être la préconisation « thérapeutique » de première intention pour eux.

J’ai passé un bon moment à cette conférence bien sympa, animée de main de maître par J. Siaud-Facchin, que j’ai trouvée drôle et chaleureuse.  C’est presque dommage que l’intitulé de la conférence soit Intelligence, Pleine conscience et haut potentiel, car cela laisse croire que cette réflexion ne s’adresse qu’aux HP et à leurs parents, alors que probablement nous avons tous à apprendre d’une telle intervention.  Une fois de plus, le lien est fait, de façon très limpide,  entre pratiques de méditation et communication non violente (CNV), même si seul le terme d’écoute active a été employé et non celui de CNV.

Les développements sur l’attention m’ont appris pas mal de choses, et la référence à l’état de Flow me donne envie de lire le bouquin. Le lien entre pensée en arborescence et pensée divergente, donc innovation (il a été évoqué que les personnes à haut potentiel pourraient être les chamans des temps modernes)  donne peut-être bonne piste de réflexion…

 Dur encore pour moi, la pratique de la pleine conscience, bien qu’intellectuellement je sois convaincue depuis déjà un bout de temps …  J’aurais aimé que Mme Siaud-Fachin développe un peu plus les obstacles à la pratique et leurs solutions, mais sans doute le format assez court de une heure ne lui en a pas laissé la possibilité. Grande fan de JK Rowing  et concernée par cette envie de « trouver ma voie », j’ai été particulièrement touchée par la référence à  Harry Potter. Peut-être en effet que la pleine conscience pourrait aider chacun,  zèbre ou pas, à entrevoir son propre quai 9 ¾…  

PS : La vidéo de la conférence devrait être très bientôt disponible en VOD ici .

Et si nous ré-enchantions le monde ??

Déjà quelques mois que j’avais noté que Thomas d’Ansembourg,  figure de la Communication Non-Violente dans la francophonie et auteur de Cessez d’Etre gentil soyez vrai, revenait faire une conférence à Grenoble. J’avoue que je suis une grande fan du personnage. C’est d’abord lui qui m’a fait découvrir la CNV, lors d’une journée d’initiation joyeuse et ensoleillée, il y a trois ans. Et ses bouquins, ses interventions trouvent  toujours beaucoup d’échos en moi.

Notre procrastination habituelle a cependant fait que nous n’avons pas pu avoir de billets dans les temps… Quelle déception !  Nous avons quand même décidé, mon homme et moi, d’y aller quand même en espérant que des places se délivrent au dernier moment. Eh bien, notre confiance a payé et nous avons pu assister à la chouette conférence sur ré-enchanter le monde ! J’aime prendre des notes dans ce genre d’événement, mais –par flemme, il faut bien l’avouer- je ne publie pas trop souvent de compte-rendus sur le net.  Mais j’ai trouvé l’intervention de Thomas tellement riche que cette fois,  j’ai l’élan de partager mes notes et impressions ici.

 

Ré-enchanter le monde,  conférence de Thomas D’Ansembourg, le 27/1 à Grenoble

La plupart d’entre nous ont une la nostalgie de l’enchantement. Nous nous sentons comme en exil d’une terre familière.

Les promesses de la science nous ayant déçus, nous avons un sentiment de déconvenue devant le monde tel que nous le voyons. D’où l’idée que si nous voulons transformer le monde, il faut d’abord changer le mode de pensée qui nous l’a fait faire.

1/ Le cheminement personnel, creuset d’une transformation du monde

En effet « Si on fait ce que l’on a toujours fait, on obtiendra ce que l’on a toujours obtenu » (la formule est de Paul Watzlawick). Et nous avons tendance à préférer un malheur connu à un bonheur inconnu. Heureusement, de plus en plus de personnes cherchent un bonheur PERSONNEL et VIVANT dans la CONSCIENCE DE NOUS TOUS.

Selon Patrick Vivertet (philosophe et essayiste, ancien conseiller référendaire à la cour des comptes), les mécanismes du capitalisme fondés sur l’avidité sont destinés à compenser le mal être de la catégorie possédante. L’enjeu du monde est une question de répartition des ressources, et non de disponibilité.

On devrait apprendre l’enchantement dès la maternelle, au même titre que les maths ou l’écriture, car les hommes ne sont pas sur terre pour réussir leurs examens.

Thomas nous propose un exercice : réfléchir sur un moment qui est pour nous enchanteur et le partager avec notre voisin de salle. Quels sont les valeurs et besoins qui sont comblés lors de ces moments ? Qu’est-ce que ça produit à l’intérieur de nous ? Il y a de grandes chances que nous sentions une dilatation de notre être et un sentiment d’élan, d’aspiration vers cet enchantement, ces valeurs.

La non violence, l’intimité, ce n’est pas éviter le conflit, c’est sortir d’une vision du monde basée sur les rapports de force, laquelle nous a été inculqué depuis notre enfance

La violence entraîne la contraction de notre être, nous sentons quelque chose se serrer à l’intérieur de nous. Elle nous éloigne de notre vraie nature : la communication (il n’y a qu’à voir le plaisir avec lequel les gens échangent dans la salle lors du petit exercice), voire même la communion. Nous prenons conscience que le fait de partager en discutant un moment enchanteur est en soi un enchantement.

Travailler sur l’intériorité, conduit à s’aligner sur le fil rouge PERSONNEL, conducteur de notre vie. C’est passer de la souffrance de la division et du morcellement à la paix. C’est passer du manque et du vide, à la plénitude, de l’incohérence à la cohérence, de l’ego à l’être.

Les états de pensée sont contagieux, ce que démontrent les travaux d’Ervin Laszlo. On peut émettre l’hypothèse qu’il existe une sorte de « Google cosmique » dans lequel les individus puisent on ne sait trop comment des idées bien en avance sur leur époque (par exemple Hildegarde de Bingen qui a trouvé des remèdes que l’on redécouvre aujourd’hui à la lumière des sciences)

Il faut développer partout l’hygiène de conscience qui permet d’obtenir la paix. Ce développement passe par un travail sur soi, et également par le fait d’accepter les passages à vides du début, non comme un problème, mais comme un ingrédient de ce travail.

On est divisé par la pensée binaire, on pense être toujours dans l‘obligation de choisir (par exemple entre une carrière artistique et un projet humanitaire). Pourtant ce n’est pas parce qu’on n’a pas de solution maintenant, que nous n’allons pas en trouver une plus tard. En pratique, on constate que lorsque tous nos besoins sont reconnus, une solution émerge.

D’où l’idée qu’un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant.

2/ Qu’est ce qui fait émerger la nostalgie

Il semble que l’humanité, du temps des chasseurs cueilleurs, ait fait l’expérience d’une certaine douceur (en témoigne les restes humains de cette époque, où les squelettes ne portent quasiment pas de traces de violence). On peut émettre l’hypothèse selon laquelle les choses se gâtent avec la sédentarisation, et son corollaire la propriété. C’est ainsi que la femme devient la servante de l’homme, qui décide qu’il lui faut toujours plus de possession pour se sécuriser. La terre et le monde, deviennent des biens,  c’est la naissance du patriarcat et du capitalisme.

Selon Thomas D’Ansembourg, nous subissons deux arrachements successifs, tout d’abord, nous sommes expulsés d’un « Grand Tout » pour nous incarner dans le ventre de notre mère, et puis nous en sommes chassés à la naissance, pour devenir des êtres autonomes. Ça fait beaucoup de déchirements, des atterrissages successifs qui assomment nos êtres, et auxquels nous faisons généralement face de deux façons :

  • L’agressivité, l’ego (« Moi, je , je je… »)
  • La recherche éperdue de socialisation, qui nous fait oublier qui nous sommes pour nous sentir acceptés.

On oscille généralement entre ces deux attitudes, pris entre la peur d’apparaître et celle de disparaître. Tout ça laisse peu de place à un « nous », à un ré-enchantement dans notre appartenance au vivant. Pourtant, la vérité est que nous ne sommes séparés de rien, sauf dans nos systèmes de pensées. En effet, nos systèmes de pensées, hérités des Lumières nous font considérer la nature comme une chose :

  • Le monde serait une grande horloge, un assemblage d’engrenages (Isaac Newton, père de la physique moderne). C’est une vision binaire, linéaire, séquentielle.
  • La dichotomie entre le corps et l’esprit
  • L’idée de Descartes selon laquelle le tout est la somme des parties. Dans cette vision par exemple, une truite, c’est juste un assemblage de morceaux de truite. La vie, le souffle, sont tout simplement ignorées. On peut aussi prendre l’exemple d’une mayonnaise qui n’est que la somme de trois ingrédients, mais qui est tellement plus que ça, et pour laquelle les ingrédients ne pourront jamais revenir à l’état initial.
  • L’interprétation de la théorie de Darwin sur l’évolution, le fameux « manger ou être manger» (au passage, ce qu’a écrit Darwin sur l’empathie chez les animaux a été ignoré)
  • La culture du malheur : la vie est rude, « on n’est pas là pour rigoler ». Par conséquent, la peur de perdre un bonheur du fait d’un événement extérieur fait de nous des champions de l’auto sabotage.

Le fait est que nous sommes des êtres infinis coincés dans des corps finis. Si on ne trouve pas des façons personnelles et vivantes de nourrir l’infini en nous, la désolation et l’amertume s’installent, ce qui conduit au cynisme et à la violence.

Des pistes vers l’intériorité:

  • Ecouter nos rêves pour cerner ce qu’ils nous apprennent sur nos besoins profonds, et chercher comment s’occuper de ces besoins dans la vie de tous les jours.
  • Apprendre à contempler ce qui est juste là devant nos yeux.
  • Il est important de se poser la question sur « est-ce que ma façon d’être au monde incarne le rêve que j’ai pour le monde ». Par exemple, soyons inspirés par l’attitude de Mandela, qui, au sortir de 33 ans de prison, s’allie avec ceux qui l’ont condamné pour tourner la page de l’apartheid. Ici, le « je »  est mis au service de la communauté, au mépris des rancunes personnelles.

Il semble que de telles attitudes se développent chez les individus d’aujourd’hui. C’est très encourageant quand on sait connaît des travaux scientifiques qui font apparaître que, quand un petit nombre d’individu atteint un certain niveau de conscience, celui ci se propage dans toute la communauté, par un phénomène encore inexpliqué qui passe de conscience à conscience, sans l’aide des cinq sens (les observations de Rupert SHELDRAKE sur les mésanges et les bouteilles de lait)

En outre, on note dans la population mondiale l’émergence de « créatifs culturels», c’est-à-dire  des personnes dont la pensée s’éloigne du mode dominant fondé sur l’individualisme et la pensée binaire (voir le film DEMAIN). On remarque aussi que dans les villes où la délinquance est forte, si une partie de la population se met à méditer, le taux d’infraction chute. Comme si la fréquentation de l’absolu nous permettait d’avoir un impact direct sur le monde. Ainsi, la part de chaque colibri, mise bout à bout, peut donc faire une belle envolée.

La terre, un petite plante à protéger

J’avais déjà lu « Qui fuis-je ? Où cours-tu ? A quoi servons nous ? Vers l’intériorité citoyenne », le livre dont est tiré cette conférence,  je connaissais donc déjà le fond du propos. J’ai cependant bien accroché cette fois-ci, plus qu’à la lecture du bouquin qui ne m’avait que moyennement convaincue. Je trouve que l’idée selon laquelle un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant devrait être diffusée partout. Je suis convaincue du fait que la non-violence commence à l’intérieur de nous, et qu’il faut emprunter la difficile et inconfortable voie de l’intériorité si nous souhaitons répandre quoi que ce soit de positif dans notre entourage.  

Thomas D’Ansembourg a aussi parlé de la sensation de déchirement de notre être , pris dans des aspirations contradictoires et de la possibilité de s’en sortir sans faire de choix binaires… J’ai été brassée très sensible à cette partie qui rejoint mon expérience actuelle. Ecrire, faire de la musique, s’engager dans une association, avoir un salaire qui permette d’offrir indépendance et qualité de vie à ma famille, autant d’envies, de tensions qui me paraissent douloureusement inconciliables. Je vais donc continuer de travailler sur mes besoins et m’accrocher très fort à l’idée, qu’un jour, une solution va émerger…

Je suis perplexe devant certaines expériences présentées (en particulier les travaux sur la conscience de l’eau, que mon esprit critique trouve un peu «perchés »). En revanche, j’aime bien l’idée du « google cosmique ».  Je suis une grande utilisatrice d’internet,  j’ai le réflexe de tout y chercher (trop ??). Par  conséquent l’idée que tout est déjà là et que développer l’intériorité permet de mettre en marche un moteur de recherche interne me plaît. Ce n’est peut-être pas très rationnel, mais les jours où j’ai confiance en la vie et que je me sens bien, j’arrive à prévoir pas mal de choses, ce je considère habituellement comme mon « sixième sens ».  Et comme la plupart des gens, j’ai expérimenté des situations qui ressemblent à de la télépathie. Pourquoi ne pas alors cesser de considérer ces expériences comme le fruit du hasard, et accepter le fait que nous sommes peut-être reliés par des canaux qui nous échappent ?

Je suis reconnaissante à Thomas D’Ansembourg de défricher pour nous, avec brio et humour,  ce que seront peut-être les chemins d’un futur vivre ensemble. Je vais me mettre très bientôt à la lecture de « Du je au nous » la nouvelle édition du bouquin (et mon exemplaire a été gentiment dédicacé #ModeGroupieOn !! ).

 

Plumes et paillettes

Cette semaine, pour la partie écrit de « un défi ou un écrit »nous sommes invités à plancher sur “Plumes et paillettes”. Peut-être bien qu’Agoaye avait en tête, lorsqu’elle a imaginé ce sujet, le côté à la fois festif, léger et réconfortant de ces deux accessoires. Hélas, je n’apprécie guère ni les plumes, ni les paillettes. Elles m’évoquent la gaieté qui me fait trop souvent défaut. Voilà donc un vrai défi que je choisis de relever ! Et je serai bienveillante avec ma maladresse, puisque je veux que chaque écrit me permette de progresser.

Plumes qui jonchent le sol de l’immense volière de mon ami. J’en respire la lourde odeur, j’écoute les pépiements des occupants, et m’attendris devant l’oisillon fraîchement éclos.

Plumes arrachées de l’oiseau attrapé par le chat. Ou pire, celles de l’oie plumée à vif, pour un duvet ou un oreiller.  Comme je déteste ces plumes de souffrance !

Plume trouvée lors d’une promenade en forêt, et qui complétera la coiffe d’indien d’une fillette ravie.  Morceau de nature si fragile qu’il s’abimera bientôt sous des doigts maladroits et étourdis, et que des adultes jetteront en douce.

Plumes sur l’imprimé du tee-shirt de ma fille, oublié depuis trop de mois sur un cintre et retrouvé hier, comme un clin d’œil du destin au défi de la semaine !

Tee-shirt noir à plumes

Elle ne dort pas, elle tète 😉

Les paillettes “pour décorer les dessins”, sorties du placard de la maîtresse, lors d’un coup de mou pédagogique.  “ Maîtresse, elles sont belles ces paillettes !! “.  Les petites touches dorées qui s’incrustent sur les joues et les cheveux, au grand ravissement des enfants. Les paillettes font décidemment partie de l’arsenal pour instiller un peu de douceur dans le train-train de la classe.

Les paillettes dans le placard de l’entrée, achetées pour occuper les Doux. Sans elles, nos traditionnels bricolages de Noël perdraient sans doute de leurs charmes.  La boîte, pourtant bien fermée, a été renversée par terre par un bébé astucieux, sous les hurlements agacés des aînés. Nous serons envahis de paillettes pendant quelques jours. Minuscules, elles savent se défendre face à l’aspirateur.  Parfois, je me laisse prendre au jeu et m’empare du vernis-colle pour « décorer » moi aussi. Pourtant, je n’ai pas souvenir d’avoir joué avec des paillettes enfant. Ce n’était pas encore très répandu ou bien  j’étais une petite fille trop sérieuse. Où est-ce parce que j’ai appris, plus ou moins explicitement, que le futile c’était mal ?

Photo de paillettes

Collage de paillettes, pas plus tard qu’hier soir.

Les paillettes, touches de couleur jaune, dans l’iris bleu d’un être aimé. Bien que je le connaisse depuis presque vingt ans, j’ignore de qui il a hérité cette couleur.

Les paillettes que le soleil allume dans la neige, une matinée d’école buissonnière avec mon fils aîné. Collés l’un contre l’autre, skis aux pieds sur le télésiège, nous admirons les sapins et guettons les écureuils. J’écoute son bavardage, léger mais déjà pertinent, et je me demande quelle reine a un tel privilège. J’aime ces paysages et cette liberté arrachée au quotidien.

Les plumes et paillettes, enfin, ce sont aussi celles des réseaux sociaux, de nos comptes Facebook ou Instagram. Ce sont les faces légères de nos existences, toutes ces jolies photos qui laissent croire que leurs auteurs mènent une vie rêvée.  Les likes et les commentaires font toujours du bien, même si peu l’avouent franchement. Etre bienveillant, c’est parfois voir cet étalage comme une revanche sur une réalité bien plus morne. « Show must go on » et le virtuel sait se faire un instant réel.

 

Voilà j’en ai terminé. J’ai du me creuser un peu la tête pour pondre ces quelques lignes, mais finalement j’aime bien mon texte. Merci à Agoaye pour son idée, et aussi à ceux qui m’ont lue jusqu’au bout.

 

Des bonnes résolutions ou ma p’tite liste pour 2016 (défi d’Agoaye)

Grâce aux tweetcopines, j’ai découvert ce week-end  « un défi ou un écrit », la géniale proposition d’Agoaye pour 2016 (tout est fort bien expliqué sur son blog). Comme je n’ai pas été très inspirée ces temps ci, je me suis dit « Tiens, voilà une chouette occasion de réveiller ce blog qui roupille depuis beaucoup trop longtemps ».  Et surtout le thème retenu est celui de la bienveillance,  ce qui est quand même LE truc dont nous avons tous besoin. Je renonce pour le moment à la partie défi et choisis la partie écrit, en m’emparant du sujet de la semaine.

Ma p’tite liste pour 2016 (ou les bonnes résolutions que je m’efforcerai de tenir, puisque tout se tient) : 

 « Célébrer et Savourer ce qui est » :

Tout d’abord, la vie avec les Doux, nos rires, délires et discussions sans fin … Les regarder sans cesser de s’émerveiller.  Les petites mains glissées dans la mienne. Un dessin animé regardé ensemble, serrés sous les couvertures. Débattre longuement avec le Grand de qui mérite la palme du plus mignon droïde de StarWars. Fondre en regardant le Moyen habiller sa petite sœur.  Admirer la plus petite, si confiante,  glisser sur le toboggan pour plonger la tête la première dans la piscine. Prendre la pleine mesure de tout les petits fils qui tissent la trame de notre amour. L’immense fierté à chaque petit progrès. Des premiers mots à une première étoile épinglée à un anorak. Se dire qu’il ne reste pas beaucoup d’années avant qu’ils ne comptent, skient, nagent mieux que leurs parents, et que c’est tellement chouette.

Savourer les jolies amitiés cœur à cœur.  Les liens qui se nouent, les barrières qui tombent. Les surprises et coïncidences. Prendre soin et chérir ce qui est déjà là.

Reconnaître la chance que j’ai de vivre ici et maintenant, en famille dans cette maison confortable, ce pays en paix. Continuer à ne pas l’oublier.

« Réparer et avancer » 

Nourrir l’enfant en moi, la petite fille qui, si souvent, pleure et tape des pieds à l’intérieur. Réparer et remplir ce fichu réservoir affectif d’amour et de sécurité. Combler le méchant vide dans ma poitrine, celui dont les morsures me réveillent la nuit. Ce manque si profond et incompréhensible. Remettre la tristesse à sa place, ce boulet qui sait si bien plomber les soirs et les matins, et qui, de plus, excelle dans l’art de nous prendre en traître après des moments  heureux.

Pleurer ce qu’il y a à pleurer. Franchement et avec de vraies larmes, celles qui soulagent paraît-il, mais que je suis incapable de verser. Faire le deuil de ce qui n’est plus, de ce que j’aimerais tellement et que je n’aurai peut-être jamais. Il y a tant de poids à jeter par-dessus bord pour me remettre à avancer, et résoudre, peut-être, enfin ce qui me semble insoluble.

Me remettre à travailler, avec un minimum de sérénité. Mettre de l’argent de côté pour des petits plaisirs, voire même un jour une formation. Avoir le sentiment de faire sa part. Travailler, ce serait retrouver une certaine liberté, un de mes horizons pour 2016. Ou comprendre  que ce n’est pas encore le moment de le faire. Ou ne pas travailler alors peut-être, mais l’assumer pour de bon.

Débusquer le positif en toute chose, sans angélisme et sans se mentir non plus.

Cultiver l’honnêteté,  cette si jolie qualité, ce terreau fertile des relations humaines.

Accepter de prendre des risques, de saisir la main tendue et à mon tour de tendre la mienne. Oser risquer les échecs, les ruptures et les pertes,  pour avancer et me sentir vivante.

Remonter mon niveau de confiance en moi,  qui s’est effondré près du zéro absolu ces derniers mois.  Ce qui veut dire, apprendre à me protéger d’abord, et faire preuve de bienveillance envers moi, comme je parviens souvent à le faire avec mes propres enfants.

Ecrire, faire de la musique : sur le blog, ailleurs ou juste pour moi… Pourtant, ce sont des choses que j’ai du mal à m’autoriser,  car la partie plus sensible et artiste qui est en moi me fiche un peu la trouille. Pratiquer avec régularité, avec obstination. Sans se mettre la pression sur les résultats, avec bienveillance toujours, mais sans complaisance. Rédiger chaque semaine comme on fait ses gammes,  comme un nageur enchaîne les longueurs, sans trop réfléchir. Mettre en ligne ce qui est prévu d’être publié. Jouer du violon tous les jours, même très mal, puisque les rêves ont un prix.  En faire une hygiène de vie, une thérapie. Parce que ça fait partie de moi et que, même si ça me gonfle prodigieusement, je meurs un peu si je ne le fais pas.

Rire beaucoup. Dire « je t’aime » plus souvent. Echanger des tonnes de  SMS et de tweets, à propos de rien, à propos de tout, comme l’ado que je ne suis plus depuis longtemps.  Se foutre des remarques pas très bienveillantes à ce sujet.

Et enfin, faire grandir les grains de folie, puisque ce sont ceux qui nous rapprochent du ciel.

macaron défi d'agoaye

Ton chez toi

Nous avions ensemble choisi, lorsque nous avions emménagé, de vous faire partager une chambre, ton frère et toi afin que vous puissiez avoir une salle de jeu. Nous avions l’espoir aussi qui plus avec lui. Une énième dispute entre vous à propos d’une construction lego démontée… Des cris et des pleurs. Et puis tu as pris ton matelas pour le poser dans la salle de jeu, je t’ai aidé à déplacer le sommier.  Ça y est, tu as maintenant ta propre chambre !!

Je t’ai enfin donné une lampe de chevet, j’y avais renoncé car un Mini bricoleur démontait systématiquement toutes celles que nous posions dans votre ancienne pièce. Tu as mis  un tome de Gaspard Le léopard sur ta table de chevet,  et aussi un album de Claude Ponti, emprunté à la bibliothèque de l’école.

Tu as installé un grand tapis de gym, un peu usé et sauvé in extremis de la benne à ordure devant l’école, mais tellement confortable. Tu as repris ta petite table de nuit, ton énorme ours en peluche, celui qu’on ne sait pourquoi  nous appelons Octavio. Je me demande bien comment tu parviens à dormir avec lui posé sur un lit junior d’à peine 1,60 m !

Tu as emmené tes cartes Pokémon, et tu restes de grands moments dans ton lit à les contempler. Je ne saurai jamais ce qu’elles ont de si fascinant .Tu t’esclaffes tout seul en regardant la carte du « Grotadmorv » (c’est  l’évolution de Tadmorv, hilarant pour un CE1 !!).  Pour te faire rire, je te dis que ta petite sœur, avec son nez qui coule de bébé, est  un Pokémon infiniment plus puissant.  C’est encore si facile de t’amuser !

La chambre de mon petit garçon

Quand le filtre sépia atténue le désordre..

 

Tes vêtements vont commencer à partir de l’armoire que tu partageais avec ton frère, pour retourner dans ta commode de bébé, et dans la petite penderie où sont déjà accrochés quelques vêtements de Doudouce.   J’essaierai d’en mettre peu pour que tu puisses les gérer seul  plus facilement. La maîtresse, qui te juge particulièrement tête en l’air, m’a demandé de t’apprendre à t’organiser. Comme si je savais comment faire !!

Nous avons négocié le partage des jouets. Au prix de quelques larmes, la petite cuisine est allée rejoindre l’autre pièce. La poussette de poupon est descendue dans le salon, à la grande joie de ta petite sœur.  Les lego ont commencé leur migration du salon à ta nouvelle pièce, bien que nous n’ayons pas encore trouvé une solution pour qu’ils ne s’égayent pas dans toute la maison, au risque de finir aspirés. Le sort des playmobils reste en suspens.

cartes pokemon en vrac

Tu as monté ton alto, tes partitions, et le pupitre qui était le mien. Puis tu les as redescendus. Tu veux encore que je sois à côté de toi quand tu t’entraînes (« maman, c’est juste mon mi ??Et mon fa dièse ??? »).

Tu m’as demandé les clés de ta nouvelle chambre, que j’hésite à te donner car j’ai peur que tu les perdes. Devons nous te les donner sur un collier que tu mettrais autour du cou, ou de demander de les accrocher à un clou ? Tu m’as demandé aussi une tablette tactile pour le prochain Noël, ce qui t’éviterais de me chiper la mienne.  Là non plus, je ne t’ai pas encore dit oui, mais ce qui est sûr c’est que ce sera le premier Noël où tu ne croiras plus aux histoires de Grand Barbu.

Tu as pris pour toi ma pièce préférée, celle dont je m’étais amusée à choisir les couleurs alors que j’attendais ta petite sœur. La pièce où, sur les propositions de ton frère et toi,  j’ai osé le mur rouge orangé. C’est la pièce qui m’apaise, j’espère qu’il en sera de même pour toi. Avoir un endroit pour toi tout seul a déjà  l’air de te ravir. Et en te regardant choisir et aménager à ta façon, je mesure à quel point tu as grandi, toi que je commence à avoir de la peine à porter. J’ai l’impression de revivre des bouts d’enfance à travers toi.  Combien de temps à profiter ainsi de toi avant que tu t’envoles ?

 

Porter un déjà grand

Ce soir du mois d’août, nous avions décidé d’une sortie avec les trois enfants, à une séance de cinéma en plein air sur la plage,  à une grosse vingtaine de minutes de marche de chez mes beaux parents.  La petite Doudouce d’un an à peine dans le Manduca,  je décide d’apporter en prime une écharpe, me doutant que mon Quatre ans peinera à faire le trajet retour en fin de soirée. Le Six ans et nous avons apprécié La Famille Bélier, la petite a tété et dormi, tandis que le moyen jouait dans le sable.

Au retour, le papa a pris Doudouce sur son dos, et j’ai décidé de faire un petit plaisir au moyen  en le chargeant en kangourou dans l’écharpe. Pas facile de réussir le nouage à la taille d’un garçonnet d’un mètre cinq et de 18kg !! Il m’a fallu bien passer le tissu sous les fesses, le tendre et étaler au maximum les pans sur ses cuisses pour obtenir une position grenouille que Moyen a eu l’air de trouver si confortable…  Si confortable que je l’ai senti peu à peu se détendre, poser sa tête blonde et bouclée sur mon épaule, pour finalement s’endormir du sommeil du juste,  alors que j’avais la sensation qu’il pesait finalement à peine plus que sa petite sœur.

Et j’ai été émue. J’ai pensé que c’était peut-être bien la dernière fois que ce petit garçon s’endormait ainsi, lui qui tout bébé ne voulait que l’écharpe, lui qui refusait tout net transat, poussettes et lit à barreaux.  Lui que je sens parfois si en colère, que j’ai trop souvent du mal à comprendre, était lové contre mon dos, la tête sur mon épaule, son souffle caressant ma peau, dans la totale confiance de son sommeil d’enfant. Le dos arrondi,  ses grandes jambes repliées, dans la même position que celle où il dormait il y a déjà quatre ans, on aurait presque pu croire que l’écharpe avait grandi avec lui ! A ce moment, mon Moyen n’était que douceur.

J’aurais aimé que le trajet dure plus longtemps pour profiter de ce moment, mais il a bien fallu arriver. J’ai dénoué tout doucement l’écharpe et j’ai posé mon fils enroulé dedans dans son lit. Quatre ans auparavant il se serait sans doute réveillé en pleurant, lui qui a tellement grandi. Je l’ai embrassé sur le front et l’ai laissé à ses rêves, en me disant que je devais garder ce joli moment avec moi.

Un koala porte son petit

Je l’ai longtemps appelé « mon p’tit Koala », mon moyen 😉

Instit’ en panne

Je suis instit en maternelle, et jeudi dernier je n’ai pas pu aller bosser…

Je souffre de devoir préparer à la maison pour essayer d’offrir des choses enrichissantes à mes élèves tout en m’occupant de mes propres enfants. Je n’arrive plus à me partager ainsi. Au fil des années, c’est devenu de plus en plus pesant. Je crois aux capacités de mes élèves, sans exception à ce jour. J’ai toujours eu envie de transmettre et d’accompagner. Malgré ça, je me demande si je suis à ma place dans une classe.

Je suis plutôt chanceuse cette année, faut  l’avouer : une classe sympathique, pas (encore) de prise de tête avec les parents, une gentille ATSEM  presqu’à plein temps.  Et pourtant…

Poser ma fille à la crèche, s’arracher de sa douceur de bébé… Arriver à l’école pas autant sereine que ce qu’il faudrait. Se sentir un peu seule dans ce local de l’annexe,  finalement loin du reste de la maternelle. Se raisonner. Accueillir chacun par un mot, consoler, recadrer. Donner trop de consignes et d’explications pas toujours claires pour les enfants. Oublier des trucs, en perdre trop. S’énerver parce que la classe est mal rangée, et communiquer son malaise aux enfants. Râler et s’en vouloir après. Se dire qu’on fera mieux la prochaine fois, avec un peu plus de rigueur, ça devrait passer.

Être témoin de toutes les petites  violences qui font le quotidien d’une école. Y participer parfois, par fatigue, par réflexe, ou manque d’outils pour faire autrement.  Me dire que je n’aimerais pas que mes propres enfants soient traités ainsi.  Se demander qui a raison ou tort,  si ce n’est pas juste être à côté de la plaque de ne pas croire aux punitions ou d’autoriser les enfants à aller aux toilettes lorsqu’ils le souhaitent.

Entendre de beaux discours sur l’égalité des chances,  s’interroger sur sa pratique : doutes, frustrations, culpabilité…

Parvenir si peu à communiquer avec les collègues, passer pour la hippie de l’équipe. Se dire qu’on devrait faire plus d’efforts pour se faire accepter…

Fournir un travail insuffisant à la maison, ne plus arriver à planifier suffisamment son enseignement pour être un minimum efficace. Se dire qu’on va forcément progresser, qu’il suffit d’un peu de volonté. Appeler un conseiller pédagogique à la rescousse. Avoir malgré ça l’impression de piétiner, et de bouffer sa vie personnelle. Perdre peu à peu confiance en moi.

Avoir des doutes, sur le système et sur mes capacités d’enseignante. Des doutes amplifiés par une inspection qui ne se passe pas très bien, et à laquelle j’ai du mal à donner sa juste place parce qu’elle est venue taper là où je me sentais fragile. Etre comparée aux collègues, comme les collègues comparent les élèves. Se sentir fliquée par la hiérarchie, qui au fil d’années nous impose de plus en plus de choses. Devoir remplir des tonnes de papiers, pour l’inspection, le RASED, la médecine scolaire… Avoir le sentiment de perdre toute intelligence et faculté de discerner quoique ce soit.

Reprendre – un « petit » mi-temps pourtant-  après 16 mois de pause bébé. Se réjouir de la liberté offerte par la possibilité de poser la petite à la crèche un jour où je n’ai pas classe, et de celle offerte par le supplément de revenu. Se dire qu’on est chanceuse d’avoir un vrai emploi, qui plus est intéressant. Faire taire son malaise grandissant. Constater son manque d’entrain et en avoir honte. Se donner des coups de pieds aux fesses pour partir le matin. Préparer sa classe tout en empêchant la petite de taper sur le clavier de l’ordinateur, les grands de se battre, et en surveillant la cuisson du repas.  Se sentir encore inefficace, crier sur mes enfants, avoir du mal à supporter leurs pleurs. Sauter des repas par manque d’appétit, passer trop de temps sans dormir la nuit et se réveiller trop tôt le matin. Retenir ses larmes, le matin, à midi lorsque je profite de la pause pour avancer un peu, le soir en récupérant la petite. S’accrocher avec la crèche sur une histoire de biberon, avec la maîtresse du moyen pour des chaussures inadaptées. Se dire que mes Doudoux mériteraient une meilleure mère.  Pleurer. Se dire que ce n’est pas si grave, qu’on l’a un peu cherché, que c’est juste de la fatigue. Préparer sa classe pendant la sieste de la petite, essayer de relire les nouveaux programmes. Penser progressions, répartitions, évaluations.

Et puis ce brouillard qui me tombe dessus un mercredi après-midi en récupérant mes garçons,  et qui me fait appeler au secours sur Twitter. Se sentir épaulée par les gentils messages de ma Twit List, mon réservoir de gens bienveillants.  Espérer que c’est juste quelques heures de coup de blues. En vain.

Il ne m’a pas fallu longtemps avant de craquer, moins de trois semaines. J’ai du demander un arrêt maladie et surmonter ma honte d’expliquer ne pas m’en sortir. Je ne sais pas si j’arriverai à reprendre lundi, j’en doute un peu, et je n’ai pas envie de jouer le rôle du boulet de l’équipe. J’aimerais être plus courageuse, puisque rien n’est vraiment grave là dedans, mais je crois que je suis arrivée  au bout de ma réserve. Peut-être la limite au delà de laquelle on commence vraiment à entamer sa santé. Je me sens usée comme jamais.

J’aimerais reprendre mon boulot, être souriante,  efficace, et surtout ne plus rien ressentir. Bander sa volonté comme la corde d’un arc, et repartir encore.

Une part de moi se dit que c’est peut-être jouable, en se faisant aider, à la maison pour commencer, et aussi sans doute pour trier le bazar de mon cerveau.

Une autre part veut faire une pause, parce que je sens que j’en ai besoin .Reste d’abord à convaincre mon conjoint qui a du mal à me comprendre. Reste aussi à accepter de renoncer à beaucoup de choses. D’abord la baisse de revenu, même si ceux de mon conjoint cumulés avec le congé parental sont suffisants pour le courant, ce qui est déjà une sacrée chance.  Toute la famille va pâtir, au moins un peu, de mon fait.  Et moi je vais devoir renoncer à pas mal de petites envies qui m’inspiraient bien, comme celle de devenir monitrice de portage. La petite perdra sa place en crèche, alors qu’elle a l’air de s’y  plaire, ce qui m’attriste beaucoup et contrarie son père. Je devrai alors de nouveau la garder à plein temps, ce qui ne va pas m’aider à réfléchir à une éventuelle réorientation professionnelle. Car les droits au congé parental vont  trop vite s’arrêter et  je devrai décider si je reste instit ou pas. Arriver à me rendre ce job acceptable, mes propres enfant ayant grandi un peu, ou faire le deuil de l’école.  Pour l’instant je n’en sais strictement rien. Et c’est dur.

2015-09 je suis en vie

Merci à Jack Koch pour l’illustration ! http://www.dangerecole.blogspot.fr/