Deux ans sans toucher à mon blog, ou comment l’instit s’est reconvertie en mère au foyer

Mis en avant

J’ai renouvelé mon hébergement ce matin, comme je l’avais renouvelé l’an dernier, sans parvenir néanmoins à publier sur ce blog, ni à prendre la décision de le fermer.

Aujourd’hui, je prends du temps pour moi. Et j’écris pour faire renaître mes couleurs.

Il y a deux ans j’étais encore en classe. Plus pour longtemps.

J’avais eu le poste dont je rêvais pourtant, des CM dans une école tout près de chez moi, à titre définitif. Et je n’y suis juste pas arrivée : une classe un peu difficile, des parents ouvertement hostiles, une hiérarchie aux méthodes discutables… J’ai eu dès le début du mal à gérer ma classe, déjà épuisée après une semaine. Et puis, le drame, une collègue amie qui meurt brutalement trois semaines après la rentrée, laissant un compagnon et trois jeunes enfants. Couleur deuil, copine restante et moi sommes anéanties.

Quelques jours plus tard, je fais une crise de nerfs à l’école, le médecin me met en arrêt. Je réalise assez vite, après entretien calamiteux avec avec l’IEN, que je ne pourrai pas retourner dans l’école. Je réalise douloureusement que, outre la douleur de la perte de mon amie, le boulot de prof dans l’éducation nationale n’est pas fait pour moi.

Ensuite, ce sont des mois difficiles. Un premier antidépresseur qui me rend léthargique, un second qui me fait grossir… Des trous de mémoire, une sensation d’épuisement continue, impossible de lire ou de regarder un film …. Je fais face à la culpabilité constante de ne pas être à l’école et lutte contre les pensées suicidaires, cinquante, soixante fois par jour. Les relations avec la famille et mon mari sont bien difficiles également.  Bref, un « joli » portrait de dépression. Des mois de couleur noire.

Je perds mes droits au congé maladie, et prend une disponibilité. Ma toubib me propose de me faire passer en affection longue durée, tout un symbole cette mention sur ma carte vitale…

Pendant presque deux ans, j’ai bossé pour prendre goût à la vie. Petit à petit j’y arrive. Des hauts et des bas. Les proches, les amis qui sont devenus comme de la famille, m’aident énormément. J’essaie de mettre mes priorités d’abord dans ce que j’aime : passer du temps avec mes enfants, faire de la musique, du sport, du boulot associatif, bricoler et m’amuser. J’arrive de mieux en mieux à sentir quand une activité ou une relation n’est pas bonne pour moi et y couper court. Couleur verte de l’espoir.

 J’essaie d’assumer d’être moi, avec mes bizarreries, mes faiblesses, en me disant que ces traits de caractère que ma famille m’a toujours reprochés sont peut-être ma force, après tout. Qu’est-ce qu’il y a de mieux que d’apporter au monde ce qui nous rend unique ? C’est pas du tout évident lorsque pendant plus de quarante ans, on a orienté sa vie pour satisfaire les autres…

Parfois je replonge, je me transforme au mieux en une espèce de zombie stressé, au pire en une boule de détresse hurlante et pleurante. Ces moments difficiles arrivent de moins en moins souvent, parce que j’arrive à les sentir venir et à me recentrer. Je continue le traitement antidépresseur, troisième molécule, qui cette fois me convient pas trop mal, béquille discrète et encore utile.  

Suite à des problèmes de santé, fils aîné entame sa première année d’instruction en famille. Je découvre donc le rôle de maman accompagnante d’un préado, avec nos doutes, nos peurs mais aussi nos réussites partagées et la fierté d’avoir eu le courage de choisir ce chemin de traverse, malgré les –nombreux- cassandres.

Je profite d’être à la maison pour cuisiner, avec une préférence pour le combo bio, local, végétarien et zéro déchet… Je discute beaucoup avec les enfants, nous lisons des histoires, faisons du vélo et jouons aux jeux vidéos… C’est parfois difficile, tendu, franchement orageux même, mais au fond, j’ai envie de profiter de la présence de mes mômes à la maison, consciente que le temps de leur enfance est court.  Ils invitent très souvent leurs copains chez nous, et les copains viennent avec plaisir, ce que je prends comme une preuve que tout le monde est pas si mal chez nous.

J’apprends à coudre et à jouer du violon. Je suis engagée dans deux associations, en tant que bénévole occasionnelle pour l’une, et comme membre du bureau pour la seconde.

A 45 ans, j’ai fait ma première compétition de course à pied au printemps: arrivée avant-avant dernière, mais quelle fierté quand on a été nulle et moquée en cours de sport … Je refais du windsurf au lac-pas-si-loin dès que je peux, parce que j’ai toujours adoré la voile et que ça fait partie de ma vie. Couleur jaune comme le soleil, couleurs invisibles du vent sur ma peau, goût de l’eau dans ma bouche lors des chutes qui font partie du jeu. Et tous les lundis soirs cette année, j’irai boxer, histoire de me dépasser et d’explorer de nouveaux horizons…Couleurs de feu.

Par contre je n’arrive pas encore à me décider pour une formation et une reconversion, j’ai plusieurs idées, mais encore du mal à les explorer sérieusement. J’ai eu des rendez-vous avec la conseillère mobilité carrière, et réalisé que ce projet n’était pas mûr. Couleur grise comme de la brume. Ce sera donc pour un peu plus tard. Un seul salaire peut suffire pour l’instant et j’ai encore vraiment besoin d’une pause, pas envie de m’embarquer dans un truc mal ficelé.  

C’était le post très perso de l’année, j’espère mon partage donnera un peu de courage à ceux qui sont dans la dépression. Merci pour vos lectures, vos encouragements ici ou ailleurs, et à bientôt pour un billet « à thème » .

Les photos de la galeries ont été choisies, pas du tout au hasard sur mon smartphone 😉