Comment ça commence, mai 2017

Je n’ai pas été bien assidue l’an dernier pour le défi d’Agoaye, je doute l’être beaucoup plus en 2017 avec le « Comment ça commence », mais je me lance tout de même pour le mois de mai. Le principe est très simple : chaque mois, Agoaye propose une amorce pour nous permettre de dévoiler sa prose au monde, la seule contrainte étant que tous les écrits participants commencent par la même phrase tirée au sort .

Voici mon texte (ma « presque première » fiction, soyez indulgents :D):

« — Foutaises ! On ne croit pas un mot de ce que vous annoncez ! C’est complètement, définitivement, TOTALEMENT impossible ! Mais comment osez-vous toi Ajdar et toi Qassim venir nous raconter de telles balivernes ! Foutaises ! Alis et moi sommes fatigués de vos pitreries et de vos pitoyables efforts pour vous faire remarquer, soupira Iskan. Comme si la couronne de l’Obscur pouvait disparaître soudainement, comme ça, après quelque chose comme 1200 ans de sommeil ! »

Les yeux baissés devant les mines fâchées du vieux couple, les deux garçons laissèrent passer l’orage, encaissant les reproches du maître d’école. Puis, quand Iskan eut finit ses récriminations, Ajdar leva la tête, regarda son père adoptif dans les yeux et affirma :

« —  Pourtant lorsque nous sommes arrivés au centre du fort, nous n’avons pas vu la couronne, je le jure sur ce que j’ai de plus cher.

—Ne mêle  pas ta sœur à cette histoire s’il te plait, le réprimanda Alis, le regard soudain durci.

— Je ne suis pas le propriétaire de ma sœur, répondit Ajdar, ce n’est pas à elle à qui je pensais, mais au livre. »

Alis fixa le garçon. Lorsque, 14 ans plus tôt son homme avait découvert, aux abords des mines, deux nouveau-nés à la peau sombre, il y avait dans leur panier d’osier une étrange pierre ronde, dure et noire d’où perçait parfois des reflets rouges, et un livre.  Nul n’était encore parvenu à identifier l’origine de l’ouvrage richement relié, et encore moins à déchiffrer son contenu. En grandissant Ajdar avait considéré l’ouvrage, témoin de son passé, comme « son » livre,  auquel il se sentait étrangement lié. Le couple, qui chérissait les enfants et les considérait comme les leurs, se doutait qu’Ajdar comptait qu’un jour le livre l’éclairerait sur ses origines, et n’osait pas leur avouer de peur de les attrister.

Iskan lui aussi réfléchissait. Ajdar en grandissant avait pris goût aux farces et aux escapades. Ces dernières duraient de plus en plus longtemps, l’entraînant à des endroits que la plupart des habitants d’ici ne connaissaient que de nom. Grand, mince, la peau et les yeux sombres, c’était un garçon drôle, chaleureux, inventif, proche comme un frère de son cousin Qassim. Ajdar aurait pu être la face lumineuse d’une pièce alors qu’Azma sa sœur,  muette et si différente aurait été la face sombre. Bien que l’apparence physique d’Ajdar différât totalement de celle des gens d’ici, les autres enfants l’appréciaient.  Sa nature enjouée n’empêchait pas qu’il fut un adolescent à qui son entourage accordait sans peine sa confiance.

Soit son protégé avait perdu la tête, soit des choses étranges étaient advenues sur le haut plateau. Dans tous les cas, Iskan, tout bougon et borné qu’il était souvent, ne pouvait faire comme si de rien n’était.

Iskan regarda Alis et vit qu’elle était arrivée elle-aussi à une conclusion identique.

« — Soit, à mon âge, je préférerais rester ici avec ma femme, ma fille et un bon repas, mais nous irons voir ce qu’il se passe. Gare à toi mon garçon si c’est une nouvelle farce que tu me joues, ajouta Iskan la mine sombre. Nous pouvons partir demain matin, et bien sûr Qassim peut venir aussi, si son père n’a pas besoin de lui. »

Ce fut trois jours entiers de voyage à dos de mule pour Iskan et le chargement, à pied pour les garçons qui s’impatientaient de la faible allure de la caravane.

Au midi du quatrième jour, ils atteignirent le haut plateau d’Aska’as, terme qui signifie « La victoire ». Celle contre le roi Obscur de la légende, cruel et sans pitié qui mena la bataille autour de la forteresse. On raconte que tant de sang fut versé sur Aska’as que la terre en resta gorgée pendant vingt ans.  On raconte encore que c’est pour cela qu’aujourd’hui, la végétation y est rare, comme si la vie répugnait à reprendre possession du lieu. Mais la chose la plus étrange restait cette couronne, enchâssée dans une sorte de diamant géant de la taille d’un enfant,  pierre si dure que nulle pioche n’avait pu l’attaquer.  Certains soupçonnaient la magie des prêtres de la côte, mais au fond personne ne s’expliquait vraiment le phénomène.  Pacifiques et bons vivants, les gens d’ici n’étaient pas particulièrement curieux.

Tandis qu’ils s’approchaient des ruines de la forteresse, les mules renâclaient de plus en plus et Iskan sentait poindre dans sa poitrine une sensation de malaise diffus. C’était comme une note dissonante et persistante, qui perturbait l’harmonie du monde et résonnait de plus en plus fort sans qu’on parvienne à identifier sa  source.

Aska’as n’avait jamais été un endroit particulièrement chaleureux, avec ses pierres immenses, sa végétation rare et torturée, ses sinistres légendes, et Iskan se faisait sans doute vieux et sensible.  Le professeur appliqua ses habituelles techniques de respiration pour se calmer, mais ce fut en vain.

Le deux garçons, eux, semblaient  cheminer comme à leur habitude, trottant,  parlant fort et chahutant.

Après un rapide repas, ils pénétrèrent dans l es vestiges du fort, dont le temps n’avaient laissé que des pierres érodées par le vent.  Le lieu était désert,  mis à part les adolescents en quête d’exploration, seuls les prêtres de la côte ou de rares étrangers, attirés par l’aventure ou d’hypothétiques profits venaient rarement.  Les garçons se taisaient déjà depuis un moment, mal à l’aise à leur tour, eux qui avaient passé une bonne partie du voyage à plaisanter sur des suppositions plus ou moins farfelues sur la cause de la disparition de l’objet. Il y eut encore un moment de marche. Les pierres écroulées rendaient malaisée  leur progression car il fallait enjamber, contourner et parfois faire demi-tour pour se frayer un chemin. Qui se serait soucié de préserver ces vieilles pierres ?  De toute façon personne n’avait jamais réussi à s’emparer du trésor de diamant en leur cœur.

Ils atteignirent les restes de ce qui semblait être une fontaine octogonale. Là où aurait du se trouver le diamant et sa couronne restait simplement des débris de verre. L’objet avait bel et bien disparu. Et, incroyablement, ce qui rendait sa châsse inaltérable avait été brisé. Iskar se laissa tomber sur le sol et se mis à sangloter.  Le monde qu’il avait connu venait de s’écrouler.

illustration du défi comment ça commence

 

 

 

Plumes et paillettes

Cette semaine, pour la partie écrit de « un défi ou un écrit »nous sommes invités à plancher sur “Plumes et paillettes”. Peut-être bien qu’Agoaye avait en tête, lorsqu’elle a imaginé ce sujet, le côté à la fois festif, léger et réconfortant de ces deux accessoires. Hélas, je n’apprécie guère ni les plumes, ni les paillettes. Elles m’évoquent la gaieté qui me fait trop souvent défaut. Voilà donc un vrai défi que je choisis de relever ! Et je serai bienveillante avec ma maladresse, puisque je veux que chaque écrit me permette de progresser.

Plumes qui jonchent le sol de l’immense volière de mon ami. J’en respire la lourde odeur, j’écoute les pépiements des occupants, et m’attendris devant l’oisillon fraîchement éclos.

Plumes arrachées de l’oiseau attrapé par le chat. Ou pire, celles de l’oie plumée à vif, pour un duvet ou un oreiller.  Comme je déteste ces plumes de souffrance !

Plume trouvée lors d’une promenade en forêt, et qui complétera la coiffe d’indien d’une fillette ravie.  Morceau de nature si fragile qu’il s’abimera bientôt sous des doigts maladroits et étourdis, et que des adultes jetteront en douce.

Plumes sur l’imprimé du tee-shirt de ma fille, oublié depuis trop de mois sur un cintre et retrouvé hier, comme un clin d’œil du destin au défi de la semaine !

Tee-shirt noir à plumes

Elle ne dort pas, elle tète 😉

Les paillettes “pour décorer les dessins”, sorties du placard de la maîtresse, lors d’un coup de mou pédagogique.  “ Maîtresse, elles sont belles ces paillettes !! “.  Les petites touches dorées qui s’incrustent sur les joues et les cheveux, au grand ravissement des enfants. Les paillettes font décidemment partie de l’arsenal pour instiller un peu de douceur dans le train-train de la classe.

Les paillettes dans le placard de l’entrée, achetées pour occuper les Doux. Sans elles, nos traditionnels bricolages de Noël perdraient sans doute de leurs charmes.  La boîte, pourtant bien fermée, a été renversée par terre par un bébé astucieux, sous les hurlements agacés des aînés. Nous serons envahis de paillettes pendant quelques jours. Minuscules, elles savent se défendre face à l’aspirateur.  Parfois, je me laisse prendre au jeu et m’empare du vernis-colle pour « décorer » moi aussi. Pourtant, je n’ai pas souvenir d’avoir joué avec des paillettes enfant. Ce n’était pas encore très répandu ou bien  j’étais une petite fille trop sérieuse. Où est-ce parce que j’ai appris, plus ou moins explicitement, que le futile c’était mal ?

Photo de paillettes

Collage de paillettes, pas plus tard qu’hier soir.

Les paillettes, touches de couleur jaune, dans l’iris bleu d’un être aimé. Bien que je le connaisse depuis presque vingt ans, j’ignore de qui il a hérité cette couleur.

Les paillettes que le soleil allume dans la neige, une matinée d’école buissonnière avec mon fils aîné. Collés l’un contre l’autre, skis aux pieds sur le télésiège, nous admirons les sapins et guettons les écureuils. J’écoute son bavardage, léger mais déjà pertinent, et je me demande quelle reine a un tel privilège. J’aime ces paysages et cette liberté arrachée au quotidien.

Les plumes et paillettes, enfin, ce sont aussi celles des réseaux sociaux, de nos comptes Facebook ou Instagram. Ce sont les faces légères de nos existences, toutes ces jolies photos qui laissent croire que leurs auteurs mènent une vie rêvée.  Les likes et les commentaires font toujours du bien, même si peu l’avouent franchement. Etre bienveillant, c’est parfois voir cet étalage comme une revanche sur une réalité bien plus morne. « Show must go on » et le virtuel sait se faire un instant réel.

 

Voilà j’en ai terminé. J’ai du me creuser un peu la tête pour pondre ces quelques lignes, mais finalement j’aime bien mon texte. Merci à Agoaye pour son idée, et aussi à ceux qui m’ont lue jusqu’au bout.

 

Des bonnes résolutions ou ma p’tite liste pour 2016 (défi d’Agoaye)

Grâce aux tweetcopines, j’ai découvert ce week-end  « un défi ou un écrit », la géniale proposition d’Agoaye pour 2016 (tout est fort bien expliqué sur son blog). Comme je n’ai pas été très inspirée ces temps ci, je me suis dit « Tiens, voilà une chouette occasion de réveiller ce blog qui roupille depuis beaucoup trop longtemps ».  Et surtout le thème retenu est celui de la bienveillance,  ce qui est quand même LE truc dont nous avons tous besoin. Je renonce pour le moment à la partie défi et choisis la partie écrit, en m’emparant du sujet de la semaine.

Ma p’tite liste pour 2016 (ou les bonnes résolutions que je m’efforcerai de tenir, puisque tout se tient) : 

 « Célébrer et Savourer ce qui est » :

Tout d’abord, la vie avec les Doux, nos rires, délires et discussions sans fin … Les regarder sans cesser de s’émerveiller.  Les petites mains glissées dans la mienne. Un dessin animé regardé ensemble, serrés sous les couvertures. Débattre longuement avec le Grand de qui mérite la palme du plus mignon droïde de StarWars. Fondre en regardant le Moyen habiller sa petite sœur.  Admirer la plus petite, si confiante,  glisser sur le toboggan pour plonger la tête la première dans la piscine. Prendre la pleine mesure de tout les petits fils qui tissent la trame de notre amour. L’immense fierté à chaque petit progrès. Des premiers mots à une première étoile épinglée à un anorak. Se dire qu’il ne reste pas beaucoup d’années avant qu’ils ne comptent, skient, nagent mieux que leurs parents, et que c’est tellement chouette.

Savourer les jolies amitiés cœur à cœur.  Les liens qui se nouent, les barrières qui tombent. Les surprises et coïncidences. Prendre soin et chérir ce qui est déjà là.

Reconnaître la chance que j’ai de vivre ici et maintenant, en famille dans cette maison confortable, ce pays en paix. Continuer à ne pas l’oublier.

« Réparer et avancer » 

Nourrir l’enfant en moi, la petite fille qui, si souvent, pleure et tape des pieds à l’intérieur. Réparer et remplir ce fichu réservoir affectif d’amour et de sécurité. Combler le méchant vide dans ma poitrine, celui dont les morsures me réveillent la nuit. Ce manque si profond et incompréhensible. Remettre la tristesse à sa place, ce boulet qui sait si bien plomber les soirs et les matins, et qui, de plus, excelle dans l’art de nous prendre en traître après des moments  heureux.

Pleurer ce qu’il y a à pleurer. Franchement et avec de vraies larmes, celles qui soulagent paraît-il, mais que je suis incapable de verser. Faire le deuil de ce qui n’est plus, de ce que j’aimerais tellement et que je n’aurai peut-être jamais. Il y a tant de poids à jeter par-dessus bord pour me remettre à avancer, et résoudre, peut-être, enfin ce qui me semble insoluble.

Me remettre à travailler, avec un minimum de sérénité. Mettre de l’argent de côté pour des petits plaisirs, voire même un jour une formation. Avoir le sentiment de faire sa part. Travailler, ce serait retrouver une certaine liberté, un de mes horizons pour 2016. Ou comprendre  que ce n’est pas encore le moment de le faire. Ou ne pas travailler alors peut-être, mais l’assumer pour de bon.

Débusquer le positif en toute chose, sans angélisme et sans se mentir non plus.

Cultiver l’honnêteté,  cette si jolie qualité, ce terreau fertile des relations humaines.

Accepter de prendre des risques, de saisir la main tendue et à mon tour de tendre la mienne. Oser risquer les échecs, les ruptures et les pertes,  pour avancer et me sentir vivante.

Remonter mon niveau de confiance en moi,  qui s’est effondré près du zéro absolu ces derniers mois.  Ce qui veut dire, apprendre à me protéger d’abord, et faire preuve de bienveillance envers moi, comme je parviens souvent à le faire avec mes propres enfants.

Ecrire, faire de la musique : sur le blog, ailleurs ou juste pour moi… Pourtant, ce sont des choses que j’ai du mal à m’autoriser,  car la partie plus sensible et artiste qui est en moi me fiche un peu la trouille. Pratiquer avec régularité, avec obstination. Sans se mettre la pression sur les résultats, avec bienveillance toujours, mais sans complaisance. Rédiger chaque semaine comme on fait ses gammes,  comme un nageur enchaîne les longueurs, sans trop réfléchir. Mettre en ligne ce qui est prévu d’être publié. Jouer du violon tous les jours, même très mal, puisque les rêves ont un prix.  En faire une hygiène de vie, une thérapie. Parce que ça fait partie de moi et que, même si ça me gonfle prodigieusement, je meurs un peu si je ne le fais pas.

Rire beaucoup. Dire « je t’aime » plus souvent. Echanger des tonnes de  SMS et de tweets, à propos de rien, à propos de tout, comme l’ado que je ne suis plus depuis longtemps.  Se foutre des remarques pas très bienveillantes à ce sujet.

Et enfin, faire grandir les grains de folie, puisque ce sont ceux qui nous rapprochent du ciel.

macaron défi d'agoaye