Journal de mon Nano semaine 2

C’est pour moi le moment de faire le bilan de ma deuxième semaine de naNoWrimo et de l’avancement de la sorcière de Loord (ça tombe bien j’ai encore un peu d’énergie pour le faire)

En chiffres, cela donne cela :

DateMots écritsTotal
l8/11 203715699
9/11029615995
10/11201018005
11/11210920114
12/11169021804
13/11211723921
14/11200825929
15/11187727806
J’ai donc atteint les 50% du défi, d’après les statistiques du site nanowrimo.org, je vole légèrement au-dessus du « path of success » avec une fin estimée ce soir le 27 novembre.

Mon ressenti après cette deuxième semaine :

Cette deuxième semaine l’enthousiasme et l’euphorie des débuts sont largement retombées. Le challenge devient fatigant

Déjà parce qu’il est difficile de caser mes trois ou quatre heures d’écriture par jour dans ma vie déjà bien remplie… Et surtout il est difficile de gérer les interruptions. (dont les « mais c’est pas bientôt fini ce nano dit ?? » des enfants). Je le fais pour trente jours mais cela ne serait pas tenable sur plusieurs mois. Ensuite parce que je commence à rentrer dans la partie de mon histoire qui est franchement hésitante. En gros je ne sais pas vraiment ce que je vais raconter d’un jour à l’autre, et lorsque j’ai prévu quelque chose j’en dévie assez facilement.  Les fiches et les plans du début sont bien loin L’angoisse de la page blanche n’est jamais loin

Pour autant le challenge demeure toujours motivant et stimulant

Tout d’abord parce que je suis surprise par le nombre de pages que j’ai pu écrire en si peu de jours. En faisant le nano, on donne un sacré coup de collier et c’est vraiment un plus de voir son projet avancer à pas de géant.

Faire cette deuxième semaine de nano m’a vraiment obligée à commencer à aller chercher des ressources personnelles pour avancer régulièrement. J’ai dû me forcer certains matins à écrire j’avoue. J’ai pris le parti de rédiger certaines parties dont le déroulé n’était pas claire dans ma tête en me disant que :

le meilleur moyen d’avoir de l’inspiration était sans doute d’agir comme si l’on était inspiré. Et cela finit par marcher. Enfin parfois, je vais pas dire non plus que les muses ont élu résidence dans ma maison

– cela pourrait être une bonne idée de fatiguer mon style en écrivant beaucoup, j’écris parfois comme si j’étais encore doctorante à la fac et je trouve mon style parfois un peu trop soutenu, voire ampoulé ou lourdingue.   Le marathon pourrait peut-être me permettre de « désapprendre » et revenir à une expression plus personnelle

– Cela me permettrait d’apprendre à privilégier la quantité sur la qualité, et à ce stade cette méthode m’empêche de me censurer trop tôt. Je vais avoir sans doute un gros travail de réécriture, mais au moins j’aurai un support quasi brut pour commencer ce travail.

Bref j’expérimente et c’est chouette.

A vrai dire, j’espère vraiment arriver aux 50 000 mots et savourer cette victoire comme il se doit. Je ne suis pas sûre encore de réussir, car il faut « tenir » environ deux semaines malgré les petites maladies d’hiver (on croise pour que les enfants ne me ramènent pas le Covid de l’école), la fatigue, le découragement, le « j’ai plus rien à dire de toute façon c’est nul » ou tout simplement la flemme. Mais sinon le NanoWrimo serait pas un défi.

toujours fan de la page stats 😉

Fais passer !

Retour sur ma première semaine de nanoWrimo

Mis en avant

Je vois pas mal de personnes, dont certaines de mes amies qui écrivent très régulièrement et lancent dans des projets d’écriture. Cette année nous avons besoin de projets qui nous portent et nous permettent de nous évader et nous ressourcer loin de la morosité ambiante. Par chance, le NanoWrimo est tombé cette année en même temps que le second confinement, qui est clairement celui de trop. 

Mais c’est quoi au juste le NanoWrimo ?  NaNoWriMo, c’est la contraction de  » National Novel Writing  month», ou « mois national d’écriture de roman ». Il s’agit un défi américain d’écriture créative où chaque année les participants, partout dans le monde, tentent de produire 50 000 mots, soit l’équivalent d’un petit roman entre le premier et le trente novembre. On ne gagne rien au NanoWrimo (Nano pour les intimes), si ce n’est la fiérté d’avoir réussi, on déclare juste le nombre de mots sur le site… Personne ne viendra vérifier si vous avez effectivement écrit le bon nombre de mots, ou 50 000 fois la même chose si cela vous chante. 

Pourquoi je me suis décidée ?  

J’ai eu une période assez productive en textes il y a huit ou neuf ans. C’était l’époque où une »une » Hellocotton illuminait la semaine de la horde de mamans blogueuses dont je faisais partie.

Maintenant, je ne suis plus ni très courageuse ni assidue, mais surtout j’ai du mal à ne pas me mettre la pression. Et à force de vouloir rédiger uniquement des trucs intéressants, je finis par ne plus écrire du tout. Et si on considère que l’écriture est un peu comme le jogging, c’est alors l’infâme cercle vicieux de la contreperformance et de la démotivation qui s’enclenche.

Comme beaucoup, j’ai des idées à la pelle, des ébauches d’histoire, des personnages qui attendraient une intrigue taillée pour eux, mais de là à me donner les moyens de terminer quelque chose, c’est une autre histoire. Pour moi, l’écriture d’un roman ou même d’une nouvelle c’est quelque chose aussi attirant qu’effrayant. Comme partir en terre inconnue et risquer de se retrouver on ne sait où, s’épuiser sur la route, ou faire de mauvaises rencontres. Bref, une aventure périlleuse et assez solitaire.

Et puis un jour, une amie m’a demandé si je serais intéressé pour former un petit groupe d’écriture et nous soutenir mutuellement. C’était à la fin du mois de septembre et je savais que le NanoWrimo approchait, car chaque année je me dis que j’ai très envie d’essayer. Et puis j’avais un boulevard pour tenter le Nano, ou du moins un petit chemin. Je suis à la maison et les choses se clarifient avec les garçons (diagnostic et prise en charge TSA pour l’aîné, diagnostic de dys à confirmer pour le Mini).  Je n’ai pas beaucoup de temps pour moi mais c’était l’occasion de m’entraîner à en dégager (ce qui serait une compétence utile dans le cas où un jour j’arriverai à avoir une formation, ou un travail ou pourquoi pas même les deux, soyons fous). Donc l’idée de faire le défi s’est rapidement imposée, mais au départ sur un demi nano « à la carte », d’environ 25 000 mots, parce que 50 000 étaient un chiffre qui me paraissait irréalisable.

Un nano ça se prépare ?

D’après ce que j’ai lu à gauche à droite, on peut en gros naviguer entre deux pôles, qui va de la préparation minutieuse (incluant cartes, fiches personnages, recherches) à l’improvisation totale commençant le 1er novembre. Impossible pour moi de me lancer sans rien, l’idée d’arriver à une impasse étant assez stressante. J’ai donc fait un petit travail de préparation, je dirai une quarantaine d’heures au mois d’octobre. J’ai réfléchi à mes personnages principaux, mes lieux, tracé une carte sommaire du pays de Sval où se déroule la majeure partie de l’histoire. Je me suis plongée dans les guides d’OS Card (celui qui a écrit la stratégie Ender, un auteur que j’adore) et dans le bouquin de John Truby (Anatomie d’un scénario, bien connu des apprentis auteurs scénaristes). J’ai d’abord utilisé un cahier papier garni de post-it puis quand celui-ci est devenu trop chargé, je suis passée sur Sciène logiciel très pratique qui permet d’organiser ses notes en classeur.  Il y a eu pas mal de lacunes dans mon travail préparatoire, mais bon j’ai fait au mieux et c’est une première fois. 

J’étais fermement décidée à commencer à rédiger mes 800 mots par jour du premier novembre au trente novembre. 

Et voilà, nous sommes le samedi 7 novembre au soir et je viens de boucler la première semaine. 

Mon bilan provisoire : 

Comment je me suis organisée ?

 Dès le premier novembre j’ai revu mon objectif initial à la hausse et décidé de viser les 50 000 mots. Finalement, ce n’est pas si difficile de rédiger en sachant vaguement ce que l’on veut raconter et en étant pas trop regardant sur la qualité. Le premier jour a été assez intense en émotions, je me savais engagée, du moins avec moi-même, pour un mois entier et j’ai eu du mal à trouver le sommeil à la pensée de l’aventure qui m’attendait. 

Et puis la semaine s’est déroulée doucement mais intensément. 

J’ai pris doucement un rythme de croisière. Le défi me prend entre trois et quatre heures par jour minimum, mais je pense que le temps à passer peut varier énormément selon les personnes et leurs attentes. Prendre ces grandes plages de temps pour mon projet implique de m’organiser un peu différemment. Je garde les corvées indispensables de la maison, la course à pied, l’aide au travail de l’enfant qui suit le CNED mais j’ai fait une croix momentanée sur Netflix et les réseaux sociaux (qui sont totalement déprimants en ce moment cela tombe bien), opté pour des repas un peu moins cuisinés… Cela donne un emploi du temps bien serré. Et je profite des jours sans école pour avancer un petit peu plus vite.

J’ai un petit rituel quand je suis à la maison, à base de tisanes, casque anti-bruit (je fais partie des gens qui ont besoin de silence pour se concentrer), minuteur réglé sur des plages de 30 minutes à une heure. J’ai remis des post-it papier à côté de mon PC sur lesquels mets mes idées et les points à éclaircir, et que je range ensuite dans mon cahier papier. Je rentre mon compte de mots sur le site officiel du Nano, quasi, une fois par jour, ça peut paraître idiot mais c’est très motivant de voir la barre du compteur se remplir 

Mais qu’est-ce que ça apporte de s’imposer autant de travail ? 

A vrai dire la première fois que j’ai entendu parler de ce défi, je me suis dit que ce n’était certainement pas fait pour moi. Et finalement je suis très contente de ce que j’ai appris cette première semaine. Déjà, le défi oblige à aller vite. Et on n’a pas le temps de beaucoup réfléchir en écrivant autant. J’avais un canevas que je savais imparfait. Le matin je me réveille souvent avec seulement les grandes lignes de ce que je vais écrire. Souvent les premières phrases sont des tours de chauffe et les idées viennent progressivement. Si je n’avais pas eu le défi je n’aurai pas rédigé car je savais que mon plot et mes personnages étaient plus que perfectibles. Mais en écrivant sans me censurer de bonnes idées finissent par venir et parfois les personnages agissent d’une manière que je n’avais pas prévu. Si je sens que le bout d’histoire est fini pour les journée et que je n’ai pas les 1667 mots minima, je reprends mon texte et je l’enrichis d’une description, en essayant de ne pas chercher la qualité mais le développement.  C’est un bel exercice de déblocage.

Le nano m’apporte aussi une grande plage de régularité. Outre arriver aux 50 000 mots, je me suis fixée comme objectif d’écrire tous les jours. Trente jours c’est beaucoup mais on peut raisonnablement espérer en arriver au bout. Et c’est également une grande aide pour la motivation que de se sentir épaulée par la communauté des gens qui font également le défi, en effet il y a des groupes Facebook et discord dédiées aux apprentis romanciers et dans lesquels la règle est la bienveillance. 

N’est-ce pas idiot se focaliser sur le nombre de mots ? 

A première vue le seul objectif du nombre de mots peut sembler bien superficiel. Pour les atteindre, il parait que certains n’hésitent pas à user de stratagèmes divers comme des noms composés ou des descriptions interminables. Et c’est tant mieux parce que cela apporte une vraie liberté, de se dire que pour une fois la quantité prime sur la qualité. Alors les nanoteurs sont encouragés à s’amuser, à se lâcher et être créatifs. Il sera toujours temps plus tard de retourner chercher son esprit critique et attaquer une révision sévère. Le nombre de mots est là pour donner une dynamique, à travers un objectif tangible et « challenging » mais je pense que toute personne qui tente le défi concrétise un peu son envie d’écrire et peut s’estimer gagnant. C’est un pari que l’on se lance à soi-même et qu’on est le mieux à même d’estimer atteint ou non

Bref, je me suis bien amusée cette semaine et j’arrive à un total honorable de 13 662 mots. Je suis pleine d’impatience et un peu inquiète car je vois arriver à grand pas le “ventre mou” du milieu de mon histoire. Il va falloir mettre un coup de collier pour trouver des idées et la fatigue risque bien d’arriver. Et promis, je viendrai raconter ma deuxième semaine le week-end prochain…

Non, non je m’amuse pas comme une gosse avec les stats et les badges, c’est vraiment pas mon genre 😀
Fais passer !

Prologue d’histoire en passant

Mis en avant

A peu de temps d’intervalles deux amies m’ont demandé de relire les premiers chapitres de leur romans, ce que j’ai fait avec plaisir. J’adore relire et corriger les écrits des autres, mais en dehors d’une pratique très -trop- épisodique du journal créatif, j’ai bien du mal à commencer des textes personnels. C’est un fait les journées ne font que 24 heures, et outre l’organisation familiale, j’ai déjà quelques projets personnels sur le feu, dont le gros morceau de la reconversion. Néanmoins je sais que je pourrais grapiller un peu de temps au smartphone et aux réseaux sociaux pour écrire aussi un peu « pour moi » plus régulièrement, puisque j’ai su le faire il y a quelques années alors que j’avais deux très jeunes enfants. Et puis je n’ai pu me résoudre à conclure que c’était une dépense inutile et ai renouvelé récemment l’hébergement du blog, donc l’envie est encore un peu là. C’est encore compliqué pour moi d’envisager l’écriture d’une histoire entière, pour me motiver je vais réfléchir au fameux NaNoWriMo de novembre, mais sans doute seulement en partie.

Il y a un moment que ce petit texte était dans un coin de ma tête. A la faveur d’une après-midi tranquille, je l’ai fait naître au monde d’ici. C’est une pierre de mon univers, même si sa suite n’est pas prévue pour le moment .

Prologue

Elle se tenait immobile sur un rocher, surplombant l’océan des possibles.

Elle ne pouvait détacher ses yeux du chatoiement des ondes. La danse monotone de la houle à ses pieds pouvait traîtreusement conduire à l’ennui mais elle n’était pas dupe. Elle savait que sous chaque vague en bas, rassemblant bien plus de puissance qu’elle ne pourrait jamais acquérir, couvait un danger mortel. C’était une ronde incessante de forces qui chacune pourrait la secouer, la noyer, l’envoyer au fond, avant de peut-être daigner recracher son corps au seuil de la plage. Cette impressionnante démonstration la terrifiait et l’attirait à chaque fois.

Elle ferma les paupières quelques instants, se força à prendre quelques respirations tranquilles pour calmer son cœur, comme on lui avait appris. La brise salée, comme une promesse, rendait ses vêtements moites et ses yeux secs. « Ce fut un long trajet, mais je suis d’ici » pensa-t-elle.

Ayant pris la ferme décision d’étudier le spectacle que lui offrait l’océan se brisant sur les rochers, elle ouvrit les yeux et respira à nouveau. Les vagues se découpaient en fractales de vaguelettes, de gouttes, d’embruns… C’était un ballet unique d’eau et de reflets, qui s’offrait sa propre musique, à la structure obscure pour ses oreilles humaines.

Elle devait apprivoiser cette eau, elle était d’une famille de marins après tout. La tête lui tournait. Elle s’assit. Ferma les yeux. « Doucement, respire, tu n’as pas fait ce chemin pour faire demi-tour, respire, détends tes épaules, le reste, voilà, regarde ».

Tandis qu’elle s’absorbait dans l’étude de l’eau, continuant de juguler le sourd malaise en elle, quelque chose changea.

Sous ses pieds, un champ se superposa lentement à l’étendue liquide. Cela aurait pu être un pâturage, balayé par la brise du printemps, lorsque l’herbe commence à poindre mais qu’il est encore trop tôt pour y sortir des bêtes. De son promontoire, sur l’eau, comme un calque sur lequel un maître aurait minutieusement dessiné, elle pouvait voir de plus en plus distinctement chaque brin de végétation, chaque trou de rongeur, chaque fourmilière. Cette multitude d’images frappait sa rétine presque de façon douloureuse. Elle pensa : « chaque brin d’herbe une histoire, chaque feuille un monde ». Une infinité de possibles, un surprenant nuancier entre la douleur et l’extase. Chaque monde créé par l’eau et la terre devait avoir son propre caractère, ses propres règles peut-être. Elle se demanda quelle pouvait être la nature du lien entre eux : un fil, une rivière souterraine, un code, une structure commune ? Elle ne saurait peut-être jamais, mais peu importait finalement si elle trouvait un moyen de s’y rendre. Car, lentement mais sûrement la curiosité l’emportait sur la peur. « Ne fonce pas Capitaine, réfléchis, n’oublie pas que c’est ta tête bien plus que tes muscles qui t’a permis de vivre jusqu’ici ». A quel degré de maîtrise devait-elle s’attendre ? Devait-elle concentrer ses efforts juste pour ne pas se noyer ou pourrait-elle façonner ces champs et cette mer en jardin ? Y construire à sa guise, ou suivre les plans que l’eau et la terre avaient décidé, tout en lui faisant habilement croire qu’elle était la seule maîtresse ? « La meilleure façon de se faire une idée reste d’aller voir ». Qu’avait-elle à perdre finalement ? Et elle n’était pas encore faible, les années de formation à l’Académie lui ayant donné une discipline de fer, que ni les épreuves des multiples campagnes, ni les années heureuses de son mariage n’avaient réussi à réellement amollir.

« C’est donc pour aujourd’hui » pensa-t-elle. Elle se leva, fit quelques pas en direction du vide. Il devait y avoir un moyen de rejoindre le bas. Elle quitta son gilet brodé, ses bottes jadis luxueuses mais désormais usées, les fourra dans le sac qu’elle remit sur son dos. « Là ici, entre ces pierres et ces arbustes rabougris, cela devrait passer ». Elle s’accroupit, posa ses mains sur la roche et engagea la descente.

Photo souvenir de la mer rencontrant la falaise de Bonifacio, lors d’une grande promenade qui a en partie inspiré ce texte.
Fais passer !

Instit’ en panne

Je suis instit en maternelle, et jeudi dernier je n’ai pas pu aller bosser…

Je souffre de devoir préparer à la maison pour essayer d’offrir des choses enrichissantes à mes élèves tout en m’occupant de mes propres enfants. Je n’arrive plus à me partager ainsi. Au fil des années, c’est devenu de plus en plus pesant. Je crois aux capacités de mes élèves, sans exception à ce jour. J’ai toujours eu envie de transmettre et d’accompagner. Malgré ça, je me demande si je suis à ma place dans une classe.

Je suis plutôt chanceuse cette année, faut  l’avouer : une classe sympathique, pas (encore) de prise de tête avec les parents, une gentille ATSEM  presqu’à plein temps.  Et pourtant…

Poser ma fille à la crèche, s’arracher de sa douceur de bébé… Arriver à l’école pas autant sereine que ce qu’il faudrait. Se sentir un peu seule dans ce local de l’annexe,  finalement loin du reste de la maternelle. Se raisonner. Accueillir chacun par un mot, consoler, recadrer. Donner trop de consignes et d’explications pas toujours claires pour les enfants. Oublier des trucs, en perdre trop. S’énerver parce que la classe est mal rangée, et communiquer son malaise aux enfants. Râler et s’en vouloir après. Se dire qu’on fera mieux la prochaine fois, avec un peu plus de rigueur, ça devrait passer.

Être témoin de toutes les petites  violences qui font le quotidien d’une école. Y participer parfois, par fatigue, par réflexe, ou manque d’outils pour faire autrement.  Me dire que je n’aimerais pas que mes propres enfants soient traités ainsi.  Se demander qui a raison ou tort,  si ce n’est pas juste être à côté de la plaque de ne pas croire aux punitions ou d’autoriser les enfants à aller aux toilettes lorsqu’ils le souhaitent.

Entendre de beaux discours sur l’égalité des chances,  s’interroger sur sa pratique : doutes, frustrations, culpabilité…

Parvenir si peu à communiquer avec les collègues, passer pour la hippie de l’équipe. Se dire qu’on devrait faire plus d’efforts pour se faire accepter…

Fournir un travail insuffisant à la maison, ne plus arriver à planifier suffisamment son enseignement pour être un minimum efficace. Se dire qu’on va forcément progresser, qu’il suffit d’un peu de volonté. Appeler un conseiller pédagogique à la rescousse. Avoir malgré ça l’impression de piétiner, et de bouffer sa vie personnelle. Perdre peu à peu confiance en moi.

Avoir des doutes, sur le système et sur mes capacités d’enseignante. Des doutes amplifiés par une inspection qui ne se passe pas très bien, et à laquelle j’ai du mal à donner sa juste place parce qu’elle est venue taper là où je me sentais fragile. Etre comparée aux collègues, comme les collègues comparent les élèves. Se sentir fliquée par la hiérarchie, qui au fil d’années nous impose de plus en plus de choses. Devoir remplir des tonnes de papiers, pour l’inspection, le RASED, la médecine scolaire… Avoir le sentiment de perdre toute intelligence et faculté de discerner quoique ce soit.

Reprendre – un « petit » mi-temps pourtant-  après 16 mois de pause bébé. Se réjouir de la liberté offerte par la possibilité de poser la petite à la crèche un jour où je n’ai pas classe, et de celle offerte par le supplément de revenu. Se dire qu’on est chanceuse d’avoir un vrai emploi, qui plus est intéressant. Faire taire son malaise grandissant. Constater son manque d’entrain et en avoir honte. Se donner des coups de pieds aux fesses pour partir le matin. Préparer sa classe tout en empêchant la petite de taper sur le clavier de l’ordinateur, les grands de se battre, et en surveillant la cuisson du repas.  Se sentir encore inefficace, crier sur mes enfants, avoir du mal à supporter leurs pleurs. Sauter des repas par manque d’appétit, passer trop de temps sans dormir la nuit et se réveiller trop tôt le matin. Retenir ses larmes, le matin, à midi lorsque je profite de la pause pour avancer un peu, le soir en récupérant la petite. S’accrocher avec la crèche sur une histoire de biberon, avec la maîtresse du moyen pour des chaussures inadaptées. Se dire que mes Doudoux mériteraient une meilleure mère.  Pleurer. Se dire que ce n’est pas si grave, qu’on l’a un peu cherché, que c’est juste de la fatigue. Préparer sa classe pendant la sieste de la petite, essayer de relire les nouveaux programmes. Penser progressions, répartitions, évaluations.

Et puis ce brouillard qui me tombe dessus un mercredi après-midi en récupérant mes garçons,  et qui me fait appeler au secours sur Twitter. Se sentir épaulée par les gentils messages de ma Twit List, mon réservoir de gens bienveillants.  Espérer que c’est juste quelques heures de coup de blues. En vain.

Il ne m’a pas fallu longtemps avant de craquer, moins de trois semaines. J’ai du demander un arrêt maladie et surmonter ma honte d’expliquer ne pas m’en sortir. Je ne sais pas si j’arriverai à reprendre lundi, j’en doute un peu, et je n’ai pas envie de jouer le rôle du boulet de l’équipe. J’aimerais être plus courageuse, puisque rien n’est vraiment grave là dedans, mais je crois que je suis arrivée  au bout de ma réserve. Peut-être la limite au delà de laquelle on commence vraiment à entamer sa santé. Je me sens usée comme jamais.

J’aimerais reprendre mon boulot, être souriante,  efficace, et surtout ne plus rien ressentir. Bander sa volonté comme la corde d’un arc, et repartir encore.

Une part de moi se dit que c’est peut-être jouable, en se faisant aider, à la maison pour commencer, et aussi sans doute pour trier le bazar de mon cerveau.

Une autre part veut faire une pause, parce que je sens que j’en ai besoin .Reste d’abord à convaincre mon conjoint qui a du mal à me comprendre. Reste aussi à accepter de renoncer à beaucoup de choses. D’abord la baisse de revenu, même si ceux de mon conjoint cumulés avec le congé parental sont suffisants pour le courant, ce qui est déjà une sacrée chance.  Toute la famille va pâtir, au moins un peu, de mon fait.  Et moi je vais devoir renoncer à pas mal de petites envies qui m’inspiraient bien, comme celle de devenir monitrice de portage. La petite perdra sa place en crèche, alors qu’elle a l’air de s’y  plaire, ce qui m’attriste beaucoup et contrarie son père. Je devrai alors de nouveau la garder à plein temps, ce qui ne va pas m’aider à réfléchir à une éventuelle réorientation professionnelle. Car les droits au congé parental vont  trop vite s’arrêter et  je devrai décider si je reste instit ou pas. Arriver à me rendre ce job acceptable, mes propres enfant ayant grandi un peu, ou faire le deuil de l’école.  Pour l’instant je n’en sais strictement rien. Et c’est dur.

2015-09 je suis en vie

Merci à Jack Koch pour l’illustration ! http://www.dangerecole.blogspot.fr/

Fais passer !