Débuter son journal créatif, mon bilan d’expérience

C’est sans but précis que je me suis mise en novembre à mon journal créatif, mais plutôt une envie puissante et soudaine d’en avoir un. Lorsque j’ai appris, via le magazine Peps,  la sortie en poche  du livre de Anne-Marie Jobin Le nouveau journal créatif, A la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, j’ai eu immédiatement envie de me le procurer. Je suis sortie acheter le bouquin un samedi après-midi, en ai lu les premières pages, puis, poussée par le sentiment urgent de démarrer très vite, j’ai repris la voiture  pour acheter le cahier qui me convenait.

Un journal créatif, c’est quoi ?

Le livre d’Anne-Marie Jobin regorge d’idées et d’inspiration,  son propos déborde la seule pratique du journal créatif pour défendre une vision humaniste d’un être, naturellement et de plein droit créatif, relié à lui et au monde.  Mais ça sera, peut-être, le sujet d’un autre article

Selon la définition de l’auteur  « Le journal créatif est un journal intime non conventionnel, un outil d’exploration de soi qui allie les mondes de l’écriture, du dessin et du collage de façon originale et créative »…  « L’accent est mis sur le processus et non pas sur le produit, ce qui implique qu’il n’est absolument pas nécessaire d’être « doué en arts ou en écriture pour en profiter pleinement. C’est un outil concret et flexible, facile à utiliser et accessible à tous »

Comment ça marche ?

Dans le livre de Jobin ou sur le net,  on trouve énormément de propositions. Libres à nous de piocher dans ce qui nous fait envie, sans progressions ou  méthode toute faite.

Parmi les propositions que j’affectionne particulièrement :

Le gribouillage libre : J’ai un crayon dans chaque main et je  laisse courir le trait sur la feuille sans but. J’essaie mes feutres tout neufs. Et me voilà toute petite fille, une après-midi de soleil provençal dans le garage de ma grand-mère à gribouiller pour l’unique plaisir de le faire,  un feutre dans ma main gauche. Jubilation. Juste avant que le jugement des adultes coupe cet élan.

Ecrire en spirale / Faire des mandalas

Ecrire sans s’arrêter un temps un nombre de pages, ce qui nous passe par la tête, sans se soucier de la grammaire et de l’orthographe.  On peut être surpris, voire un peu effrayée de ce qui sort de cet exercice si simple.

Le dialogue entre des parties imaginaires de soi :  Un exercice bien décapant lorsque  l’écoute de soi fait sortir la rage d’une partie négligée. On pourra ainsi à la CNV pour concilier nos différentes aspirations.  Concrètement, c’est l’exercice qui m’a le plus aidée à prendre une décision difficile

La silhouette : Dessiner le contour d’un bonhomme, dessiner, colorier ou écrire dans la silhouette ce qu’on ressent. Dessiner une partie de soi, ou de son corps et la faire parler (perso, j’y  dessine « mes monstres » :D).

Ecriture ponctuée avec un mot ou une phrase qui revient comme un leitmotiv…

En revanche le démarrage du collage a été moins évident. Je n’en avais jamais fait avant, à part un ou deux vision–board  et des choses plutôt très cadrées avec mes élèves.  Peu à peu j’apprends à lâcher prise pour déchirer, découper coller ce qui me passe par la tête (et vive les corbeilles où les bibliothèques désherbent leur vieux magazines..).

Aperçu de ce que à quoi peut ressembler un journal créatif

Qu’est-ce que la pratique du journal créatif peut m’apporter ?

Ecrire dans ce journal me permet de me recentrer et de me détendre. C’est un moment de tête à tête avec moi qui me convient bien. J’arrive relativement bien à porter  attention à ma respiration, mes ressentis corporels.  J’ai une grande impression de liberté.

Je m’y amuse (le dessin  brûlé lors du solstice, photographié, réimprimé et recollé dans le journal…).Dans mon journal, je peux gribouiller comme un bambin, coller des gommettes, ne pas finir, déchirer les feuilles, en recoller les morceaux.  Cela donne la sensation de revenir tout petit, lorsque nous savions encore nous amuser d’un rien.

J’aime bien dessiner, j’adore écrire mais j’ai vraiment du mal à m’y mettre en partie parce que je suis très sévère avec moi-même.  Dans ce journal , je sais que personne ne me lira ni ne regardera. C’est un écrit dont je suis la seule lectrice, un lieu où je peux explorer,autoriser mes émotions,  ressentir la connexion avec moi ou le monde…

La relecture de son journal créatif peut permettre d’identifier, à travers les répétitions de thèmes, les points importants pour un travail sur soi, seul ou accompagné.  Les propositions du bouquin m‘aident beaucoup à aller voir là où ça pique :  me sentir à ma place, gérer l’alternance des sensations de trop plein et de vide intérieur Et surtout me donner le droit d’exister et de m’aimer un peu plus.

J’aimerais m’y mettre mais aurai-je le temps ?

Un journal créatif sera plus satisfaisant s’il est mis à jour régulièrement.  Sa pratique est comparable à celle d’un instrument de musique. S’y mettre régulièrement  une à trois fois par semaine  semble un bon rythme.

Comme tout ce qui prend du temps, on choisit ou non de faire de la place au journal dans sa vie : ai-je du plaisir à pratiquer cette activité, et plus généralement quelle valeur j’accorde à moi-même et à mes aspirations ?  Je trouve incompatible l’écriture du journal avec la présence de mes enfants à la maison, ce qui m’a valu un long arrêt d’un mois (mais c’est une autre histoire). Néanmoins j’étais impatiente de reprendre mon journal et l’ai fait avec plaisir, et après tout  les périodes de contretemps ou de passage à vide font aussi partie de la vie.

De quoi aurai-je besoin ?

Pour être à l’aise, il faut un cahier au minimum de format A4 non ligné, avec des feuilles un peu résistantes. J’ai pris deux cahiers de dessin marque Lana à spirale d’un bon rapport qualité/prix (8 euros les cinquante pages, mais attention l’encre a quand même tendance à traverser, et de toute évidence le cahier n’est pas adapté à la peinture..).  Il faut prévoir aussi de se constituer, et de stocker, des magazines, photos, papier divers à découper. Comme j’ai tendance à amasser des tonnes de papier sans trop savoir quoi en faire (tickets/ journaux/ prospectus/ papiers « jolis »),  mon journal me donne une formidable opportunité pour les utiliser (et un excellent prétexte au fait que je n’arrive pas à m’en débarrasser).

Pour écrire, j’adore les jolis feutres pinceaux,  j’ai aussi une petite boîte de pastel (qui date du collège) et une boîte de crayons de couleurs. J’écris aussi souvent avec mon inséparable Bic quatre couleurs. Pour un déplacemement, il suffit de mettre le tout dans un petit sac, avec un « nécessaire de collage » constitué de quelques photos et papiers dans une enveloppe kraft.  Ce sont « les affaires de maman », elles font partie de mon petit carré personnel que je ne prête pas aux Doux.  Ce à quoi peut ressembler un journal créatif suite

Peu coûteux, libre, personnel et non jugeant, riche en possibilités, je suis ravie d’avoir découvert le journal créatif. C’est une activité riche en potentiel de développement personnel, mais surtout un moment de plaisir et de rencontre avec soi.

Bibliographie : Anne-Marie Jobin Le nouveau journal créatif. A la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, éditions Marabout