Retour sur ma première semaine de nanoWrimo

Mis en avant

Je vois pas mal de personnes, dont certaines de mes amies qui écrivent très régulièrement et lancent dans des projets d’écriture. Cette année nous avons besoin de projets qui nous portent et nous permettent de nous évader et nous ressourcer loin de la morosité ambiante. Par chance, le NanoWrimo est tombé cette année en même temps que le second confinement, qui est clairement celui de trop. 

Mais c’est quoi au juste le NanoWrimo ?  NaNoWriMo, c’est la contraction de  » National Novel Writing  month», ou « mois national d’écriture de roman ». Il s’agit un défi américain d’écriture créative où chaque année les participants, partout dans le monde, tentent de produire 50 000 mots, soit l’équivalent d’un petit roman entre le premier et le trente novembre. On ne gagne rien au NanoWrimo (Nano pour les intimes), si ce n’est la fiérté d’avoir réussi, on déclare juste le nombre de mots sur le site… Personne ne viendra vérifier si vous avez effectivement écrit le bon nombre de mots, ou 50 000 fois la même chose si cela vous chante. 

Pourquoi je me suis décidée ?  

J’ai eu une période assez productive en textes il y a huit ou neuf ans. C’était l’époque où une »une » Hellocotton illuminait la semaine de la horde de mamans blogueuses dont je faisais partie.

Maintenant, je ne suis plus ni très courageuse ni assidue, mais surtout j’ai du mal à ne pas me mettre la pression. Et à force de vouloir rédiger uniquement des trucs intéressants, je finis par ne plus écrire du tout. Et si on considère que l’écriture est un peu comme le jogging, c’est alors l’infâme cercle vicieux de la contreperformance et de la démotivation qui s’enclenche.

Comme beaucoup, j’ai des idées à la pelle, des ébauches d’histoire, des personnages qui attendraient une intrigue taillée pour eux, mais de là à me donner les moyens de terminer quelque chose, c’est une autre histoire. Pour moi, l’écriture d’un roman ou même d’une nouvelle c’est quelque chose aussi attirant qu’effrayant. Comme partir en terre inconnue et risquer de se retrouver on ne sait où, s’épuiser sur la route, ou faire de mauvaises rencontres. Bref, une aventure périlleuse et assez solitaire.

Et puis un jour, une amie m’a demandé si je serais intéressé pour former un petit groupe d’écriture et nous soutenir mutuellement. C’était à la fin du mois de septembre et je savais que le NanoWrimo approchait, car chaque année je me dis que j’ai très envie d’essayer. Et puis j’avais un boulevard pour tenter le Nano, ou du moins un petit chemin. Je suis à la maison et les choses se clarifient avec les garçons (diagnostic et prise en charge TSA pour l’aîné, diagnostic de dys à confirmer pour le Mini).  Je n’ai pas beaucoup de temps pour moi mais c’était l’occasion de m’entraîner à en dégager (ce qui serait une compétence utile dans le cas où un jour j’arriverai à avoir une formation, ou un travail ou pourquoi pas même les deux, soyons fous). Donc l’idée de faire le défi s’est rapidement imposée, mais au départ sur un demi nano « à la carte », d’environ 25 000 mots, parce que 50 000 étaient un chiffre qui me paraissait irréalisable.

Un nano ça se prépare ?

D’après ce que j’ai lu à gauche à droite, on peut en gros naviguer entre deux pôles, qui va de la préparation minutieuse (incluant cartes, fiches personnages, recherches) à l’improvisation totale commençant le 1er novembre. Impossible pour moi de me lancer sans rien, l’idée d’arriver à une impasse étant assez stressante. J’ai donc fait un petit travail de préparation, je dirai une quarantaine d’heures au mois d’octobre. J’ai réfléchi à mes personnages principaux, mes lieux, tracé une carte sommaire du pays de Sval où se déroule la majeure partie de l’histoire. Je me suis plongée dans les guides d’OS Card (celui qui a écrit la stratégie Ender, un auteur que j’adore) et dans le bouquin de John Truby (Anatomie d’un scénario, bien connu des apprentis auteurs scénaristes). J’ai d’abord utilisé un cahier papier garni de post-it puis quand celui-ci est devenu trop chargé, je suis passée sur Sciène logiciel très pratique qui permet d’organiser ses notes en classeur.  Il y a eu pas mal de lacunes dans mon travail préparatoire, mais bon j’ai fait au mieux et c’est une première fois. 

J’étais fermement décidée à commencer à rédiger mes 800 mots par jour du premier novembre au trente novembre. 

Et voilà, nous sommes le samedi 7 novembre au soir et je viens de boucler la première semaine. 

Mon bilan provisoire : 

Comment je me suis organisée ?

 Dès le premier novembre j’ai revu mon objectif initial à la hausse et décidé de viser les 50 000 mots. Finalement, ce n’est pas si difficile de rédiger en sachant vaguement ce que l’on veut raconter et en étant pas trop regardant sur la qualité. Le premier jour a été assez intense en émotions, je me savais engagée, du moins avec moi-même, pour un mois entier et j’ai eu du mal à trouver le sommeil à la pensée de l’aventure qui m’attendait. 

Et puis la semaine s’est déroulée doucement mais intensément. 

J’ai pris doucement un rythme de croisière. Le défi me prend entre trois et quatre heures par jour minimum, mais je pense que le temps à passer peut varier énormément selon les personnes et leurs attentes. Prendre ces grandes plages de temps pour mon projet implique de m’organiser un peu différemment. Je garde les corvées indispensables de la maison, la course à pied, l’aide au travail de l’enfant qui suit le CNED mais j’ai fait une croix momentanée sur Netflix et les réseaux sociaux (qui sont totalement déprimants en ce moment cela tombe bien), opté pour des repas un peu moins cuisinés… Cela donne un emploi du temps bien serré. Et je profite des jours sans école pour avancer un petit peu plus vite.

J’ai un petit rituel quand je suis à la maison, à base de tisanes, casque anti-bruit (je fais partie des gens qui ont besoin de silence pour se concentrer), minuteur réglé sur des plages de 30 minutes à une heure. J’ai remis des post-it papier à côté de mon PC sur lesquels mets mes idées et les points à éclaircir, et que je range ensuite dans mon cahier papier. Je rentre mon compte de mots sur le site officiel du Nano, quasi, une fois par jour, ça peut paraître idiot mais c’est très motivant de voir la barre du compteur se remplir 

Mais qu’est-ce que ça apporte de s’imposer autant de travail ? 

A vrai dire la première fois que j’ai entendu parler de ce défi, je me suis dit que ce n’était certainement pas fait pour moi. Et finalement je suis très contente de ce que j’ai appris cette première semaine. Déjà, le défi oblige à aller vite. Et on n’a pas le temps de beaucoup réfléchir en écrivant autant. J’avais un canevas que je savais imparfait. Le matin je me réveille souvent avec seulement les grandes lignes de ce que je vais écrire. Souvent les premières phrases sont des tours de chauffe et les idées viennent progressivement. Si je n’avais pas eu le défi je n’aurai pas rédigé car je savais que mon plot et mes personnages étaient plus que perfectibles. Mais en écrivant sans me censurer de bonnes idées finissent par venir et parfois les personnages agissent d’une manière que je n’avais pas prévu. Si je sens que le bout d’histoire est fini pour les journée et que je n’ai pas les 1667 mots minima, je reprends mon texte et je l’enrichis d’une description, en essayant de ne pas chercher la qualité mais le développement.  C’est un bel exercice de déblocage.

Le nano m’apporte aussi une grande plage de régularité. Outre arriver aux 50 000 mots, je me suis fixée comme objectif d’écrire tous les jours. Trente jours c’est beaucoup mais on peut raisonnablement espérer en arriver au bout. Et c’est également une grande aide pour la motivation que de se sentir épaulée par la communauté des gens qui font également le défi, en effet il y a des groupes Facebook et discord dédiées aux apprentis romanciers et dans lesquels la règle est la bienveillance. 

N’est-ce pas idiot se focaliser sur le nombre de mots ? 

A première vue le seul objectif du nombre de mots peut sembler bien superficiel. Pour les atteindre, il parait que certains n’hésitent pas à user de stratagèmes divers comme des noms composés ou des descriptions interminables. Et c’est tant mieux parce que cela apporte une vraie liberté, de se dire que pour une fois la quantité prime sur la qualité. Alors les nanoteurs sont encouragés à s’amuser, à se lâcher et être créatifs. Il sera toujours temps plus tard de retourner chercher son esprit critique et attaquer une révision sévère. Le nombre de mots est là pour donner une dynamique, à travers un objectif tangible et « challenging » mais je pense que toute personne qui tente le défi concrétise un peu son envie d’écrire et peut s’estimer gagnant. C’est un pari que l’on se lance à soi-même et qu’on est le mieux à même d’estimer atteint ou non

Bref, je me suis bien amusée cette semaine et j’arrive à un total honorable de 13 662 mots. Je suis pleine d’impatience et un peu inquiète car je vois arriver à grand pas le “ventre mou” du milieu de mon histoire. Il va falloir mettre un coup de collier pour trouver des idées et la fatigue risque bien d’arriver. Et promis, je viendrai raconter ma deuxième semaine le week-end prochain…

Non, non je m’amuse pas comme une gosse avec les stats et les badges, c’est vraiment pas mon genre 😀
Fais passer !

Prologue d’histoire en passant

Mis en avant

A peu de temps d’intervalles deux amies m’ont demandé de relire les premiers chapitres de leur romans, ce que j’ai fait avec plaisir. J’adore relire et corriger les écrits des autres, mais en dehors d’une pratique très -trop- épisodique du journal créatif, j’ai bien du mal à commencer des textes personnels. C’est un fait les journées ne font que 24 heures, et outre l’organisation familiale, j’ai déjà quelques projets personnels sur le feu, dont le gros morceau de la reconversion. Néanmoins je sais que je pourrais grapiller un peu de temps au smartphone et aux réseaux sociaux pour écrire aussi un peu « pour moi » plus régulièrement, puisque j’ai su le faire il y a quelques années alors que j’avais deux très jeunes enfants. Et puis je n’ai pu me résoudre à conclure que c’était une dépense inutile et ai renouvelé récemment l’hébergement du blog, donc l’envie est encore un peu là. C’est encore compliqué pour moi d’envisager l’écriture d’une histoire entière, pour me motiver je vais réfléchir au fameux NaNoWriMo de novembre, mais sans doute seulement en partie.

Il y a un moment que ce petit texte était dans un coin de ma tête. A la faveur d’une après-midi tranquille, je l’ai fait naître au monde d’ici. C’est une pierre de mon univers, même si sa suite n’est pas prévue pour le moment .

Prologue

Elle se tenait immobile sur un rocher, surplombant l’océan des possibles.

Elle ne pouvait détacher ses yeux du chatoiement des ondes. La danse monotone de la houle à ses pieds pouvait traîtreusement conduire à l’ennui mais elle n’était pas dupe. Elle savait que sous chaque vague en bas, rassemblant bien plus de puissance qu’elle ne pourrait jamais acquérir, couvait un danger mortel. C’était une ronde incessante de forces qui chacune pourrait la secouer, la noyer, l’envoyer au fond, avant de peut-être daigner recracher son corps au seuil de la plage. Cette impressionnante démonstration la terrifiait et l’attirait à chaque fois.

Elle ferma les paupières quelques instants, se força à prendre quelques respirations tranquilles pour calmer son cœur, comme on lui avait appris. La brise salée, comme une promesse, rendait ses vêtements moites et ses yeux secs. « Ce fut un long trajet, mais je suis d’ici » pensa-t-elle.

Ayant pris la ferme décision d’étudier le spectacle que lui offrait l’océan se brisant sur les rochers, elle ouvrit les yeux et respira à nouveau. Les vagues se découpaient en fractales de vaguelettes, de gouttes, d’embruns… C’était un ballet unique d’eau et de reflets, qui s’offrait sa propre musique, à la structure obscure pour ses oreilles humaines.

Elle devait apprivoiser cette eau, elle était d’une famille de marins après tout. La tête lui tournait. Elle s’assit. Ferma les yeux. « Doucement, respire, tu n’as pas fait ce chemin pour faire demi-tour, respire, détends tes épaules, le reste, voilà, regarde ».

Tandis qu’elle s’absorbait dans l’étude de l’eau, continuant de juguler le sourd malaise en elle, quelque chose changea.

Sous ses pieds, un champ se superposa lentement à l’étendue liquide. Cela aurait pu être un pâturage, balayé par la brise du printemps, lorsque l’herbe commence à poindre mais qu’il est encore trop tôt pour y sortir des bêtes. De son promontoire, sur l’eau, comme un calque sur lequel un maître aurait minutieusement dessiné, elle pouvait voir de plus en plus distinctement chaque brin de végétation, chaque trou de rongeur, chaque fourmilière. Cette multitude d’images frappait sa rétine presque de façon douloureuse. Elle pensa : « chaque brin d’herbe une histoire, chaque feuille un monde ». Une infinité de possibles, un surprenant nuancier entre la douleur et l’extase. Chaque monde créé par l’eau et la terre devait avoir son propre caractère, ses propres règles peut-être. Elle se demanda quelle pouvait être la nature du lien entre eux : un fil, une rivière souterraine, un code, une structure commune ? Elle ne saurait peut-être jamais, mais peu importait finalement si elle trouvait un moyen de s’y rendre. Car, lentement mais sûrement la curiosité l’emportait sur la peur. « Ne fonce pas Capitaine, réfléchis, n’oublie pas que c’est ta tête bien plus que tes muscles qui t’a permis de vivre jusqu’ici ». A quel degré de maîtrise devait-elle s’attendre ? Devait-elle concentrer ses efforts juste pour ne pas se noyer ou pourrait-elle façonner ces champs et cette mer en jardin ? Y construire à sa guise, ou suivre les plans que l’eau et la terre avaient décidé, tout en lui faisant habilement croire qu’elle était la seule maîtresse ? « La meilleure façon de se faire une idée reste d’aller voir ». Qu’avait-elle à perdre finalement ? Et elle n’était pas encore faible, les années de formation à l’Académie lui ayant donné une discipline de fer, que ni les épreuves des multiples campagnes, ni les années heureuses de son mariage n’avaient réussi à réellement amollir.

« C’est donc pour aujourd’hui » pensa-t-elle. Elle se leva, fit quelques pas en direction du vide. Il devait y avoir un moyen de rejoindre le bas. Elle quitta son gilet brodé, ses bottes jadis luxueuses mais désormais usées, les fourra dans le sac qu’elle remit sur son dos. « Là ici, entre ces pierres et ces arbustes rabougris, cela devrait passer ». Elle s’accroupit, posa ses mains sur la roche et engagea la descente.

Photo souvenir de la mer rencontrant la falaise de Bonifacio, lors d’une grande promenade qui a en partie inspiré ce texte.
Fais passer !

Deux ans sans toucher à mon blog, ou comment l’instit s’est reconvertie en mère au foyer

Mis en avant

J’ai renouvelé mon hébergement ce matin, comme je l’avais renouvelé l’an dernier, sans parvenir néanmoins à publier sur ce blog, ni à prendre la décision de le fermer.

Aujourd’hui, je prends du temps pour moi. Et j’écris pour faire renaître mes couleurs.

Il y a deux ans j’étais encore en classe. Plus pour longtemps.

J’avais eu le poste dont je rêvais pourtant, des CM dans une école tout près de chez moi, à titre définitif. Et je n’y suis juste pas arrivée : une classe un peu difficile, des parents ouvertement hostiles, une hiérarchie aux méthodes discutables… J’ai eu dès le début du mal à gérer ma classe, déjà épuisée après une semaine. Et puis, le drame, une collègue amie qui meurt brutalement trois semaines après la rentrée, laissant un compagnon et trois jeunes enfants. Couleur deuil, copine restante et moi sommes anéanties.

Quelques jours plus tard, je fais une crise de nerfs à l’école, le médecin me met en arrêt. Je réalise assez vite, après entretien calamiteux avec avec l’IEN, que je ne pourrai pas retourner dans l’école. Je réalise douloureusement que, outre la douleur de la perte de mon amie, le boulot de prof dans l’éducation nationale n’est pas fait pour moi.

Ensuite, ce sont des mois difficiles. Un premier antidépresseur qui me rend léthargique, un second qui me fait grossir… Des trous de mémoire, une sensation d’épuisement continue, impossible de lire ou de regarder un film …. Je fais face à la culpabilité constante de ne pas être à l’école et lutte contre les pensées suicidaires, cinquante, soixante fois par jour. Les relations avec la famille et mon mari sont bien difficiles également.  Bref, un « joli » portrait de dépression. Des mois de couleur noire.

Je perds mes droits au congé maladie, et prend une disponibilité. Ma toubib me propose de me faire passer en affection longue durée, tout un symbole cette mention sur ma carte vitale…

Pendant presque deux ans, j’ai bossé pour prendre goût à la vie. Petit à petit j’y arrive. Des hauts et des bas. Les proches, les amis qui sont devenus comme de la famille, m’aident énormément. J’essaie de mettre mes priorités d’abord dans ce que j’aime : passer du temps avec mes enfants, faire de la musique, du sport, du boulot associatif, bricoler et m’amuser. J’arrive de mieux en mieux à sentir quand une activité ou une relation n’est pas bonne pour moi et y couper court. Couleur verte de l’espoir.

 J’essaie d’assumer d’être moi, avec mes bizarreries, mes faiblesses, en me disant que ces traits de caractère que ma famille m’a toujours reprochés sont peut-être ma force, après tout. Qu’est-ce qu’il y a de mieux que d’apporter au monde ce qui nous rend unique ? C’est pas du tout évident lorsque pendant plus de quarante ans, on a orienté sa vie pour satisfaire les autres…

Parfois je replonge, je me transforme au mieux en une espèce de zombie stressé, au pire en une boule de détresse hurlante et pleurante. Ces moments difficiles arrivent de moins en moins souvent, parce que j’arrive à les sentir venir et à me recentrer. Je continue le traitement antidépresseur, troisième molécule, qui cette fois me convient pas trop mal, béquille discrète et encore utile.  

Suite à des problèmes de santé, fils aîné entame sa première année d’instruction en famille. Je découvre donc le rôle de maman accompagnante d’un préado, avec nos doutes, nos peurs mais aussi nos réussites partagées et la fierté d’avoir eu le courage de choisir ce chemin de traverse, malgré les –nombreux- cassandres.

Je profite d’être à la maison pour cuisiner, avec une préférence pour le combo bio, local, végétarien et zéro déchet… Je discute beaucoup avec les enfants, nous lisons des histoires, faisons du vélo et jouons aux jeux vidéos… C’est parfois difficile, tendu, franchement orageux même, mais au fond, j’ai envie de profiter de la présence de mes mômes à la maison, consciente que le temps de leur enfance est court.  Ils invitent très souvent leurs copains chez nous, et les copains viennent avec plaisir, ce que je prends comme une preuve que tout le monde est pas si mal chez nous.

J’apprends à coudre et à jouer du violon. Je suis engagée dans deux associations, en tant que bénévole occasionnelle pour l’une, et comme membre du bureau pour la seconde.

A 45 ans, j’ai fait ma première compétition de course à pied au printemps: arrivée avant-avant dernière, mais quelle fierté quand on a été nulle et moquée en cours de sport … Je refais du windsurf au lac-pas-si-loin dès que je peux, parce que j’ai toujours adoré la voile et que ça fait partie de ma vie. Couleur jaune comme le soleil, couleurs invisibles du vent sur ma peau, goût de l’eau dans ma bouche lors des chutes qui font partie du jeu. Et tous les lundis soirs cette année, j’irai boxer, histoire de me dépasser et d’explorer de nouveaux horizons…Couleurs de feu.

Par contre je n’arrive pas encore à me décider pour une formation et une reconversion, j’ai plusieurs idées, mais encore du mal à les explorer sérieusement. J’ai eu des rendez-vous avec la conseillère mobilité carrière, et réalisé que ce projet n’était pas mûr. Couleur grise comme de la brume. Ce sera donc pour un peu plus tard. Un seul salaire peut suffire pour l’instant et j’ai encore vraiment besoin d’une pause, pas envie de m’embarquer dans un truc mal ficelé.  

C’était le post très perso de l’année, j’espère mon partage donnera un peu de courage à ceux qui sont dans la dépression. Merci pour vos lectures, vos encouragements ici ou ailleurs, et à bientôt pour un billet « à thème » .

Les photos de la galeries ont été choisies, pas du tout au hasard sur mon smartphone 😉

Fais passer !

Journal de mon Nano semaine 2

C’est pour moi le moment de faire le bilan de ma deuxième semaine de naNoWrimo et de l’avancement de la sorcière de Loord (ça tombe bien j’ai encore un peu d’énergie pour le faire)

En chiffres, cela donne cela :

DateMots écritsTotal
l8/11 203715699
9/11029615995
10/11201018005
11/11210920114
12/11169021804
13/11211723921
14/11200825929
15/11187727806
J’ai donc atteint les 50% du défi, d’après les statistiques du site nanowrimo.org, je vole légèrement au-dessus du « path of success » avec une fin estimée ce soir le 27 novembre.

Mon ressenti après cette deuxième semaine :

Cette deuxième semaine l’enthousiasme et l’euphorie des débuts sont largement retombées. Le challenge devient fatigant

Déjà parce qu’il est difficile de caser mes trois ou quatre heures d’écriture par jour dans ma vie déjà bien remplie… Et surtout il est difficile de gérer les interruptions. (dont les « mais c’est pas bientôt fini ce nano dit ?? » des enfants). Je le fais pour trente jours mais cela ne serait pas tenable sur plusieurs mois. Ensuite parce que je commence à rentrer dans la partie de mon histoire qui est franchement hésitante. En gros je ne sais pas vraiment ce que je vais raconter d’un jour à l’autre, et lorsque j’ai prévu quelque chose j’en dévie assez facilement.  Les fiches et les plans du début sont bien loin L’angoisse de la page blanche n’est jamais loin

Pour autant le challenge demeure toujours motivant et stimulant

Tout d’abord parce que je suis surprise par le nombre de pages que j’ai pu écrire en si peu de jours. En faisant le nano, on donne un sacré coup de collier et c’est vraiment un plus de voir son projet avancer à pas de géant.

Faire cette deuxième semaine de nano m’a vraiment obligée à commencer à aller chercher des ressources personnelles pour avancer régulièrement. J’ai dû me forcer certains matins à écrire j’avoue. J’ai pris le parti de rédiger certaines parties dont le déroulé n’était pas claire dans ma tête en me disant que :

le meilleur moyen d’avoir de l’inspiration était sans doute d’agir comme si l’on était inspiré. Et cela finit par marcher. Enfin parfois, je vais pas dire non plus que les muses ont élu résidence dans ma maison

– cela pourrait être une bonne idée de fatiguer mon style en écrivant beaucoup, j’écris parfois comme si j’étais encore doctorante à la fac et je trouve mon style parfois un peu trop soutenu, voire ampoulé ou lourdingue.   Le marathon pourrait peut-être me permettre de « désapprendre » et revenir à une expression plus personnelle

– Cela me permettrait d’apprendre à privilégier la quantité sur la qualité, et à ce stade cette méthode m’empêche de me censurer trop tôt. Je vais avoir sans doute un gros travail de réécriture, mais au moins j’aurai un support quasi brut pour commencer ce travail.

Bref j’expérimente et c’est chouette.

A vrai dire, j’espère vraiment arriver aux 50 000 mots et savourer cette victoire comme il se doit. Je ne suis pas sûre encore de réussir, car il faut « tenir » environ deux semaines malgré les petites maladies d’hiver (on croise pour que les enfants ne me ramènent pas le Covid de l’école), la fatigue, le découragement, le « j’ai plus rien à dire de toute façon c’est nul » ou tout simplement la flemme. Mais sinon le NanoWrimo serait pas un défi.

toujours fan de la page stats 😉

Fais passer !

Défis de rentrée

Les cahiers sont sortis, les livres du maîtres, les manuels envahissent la table de la salle de séjour. Des dizaines d’onglets sont ouverts sur mon navigateur. Sur mon disque dur, il y a un nouveau dossier intitulé CM2017-2018 qui se remplit progressivement de sous dossiers et documents.

Je reprends une nouvelle école, avec double niveau sur lequel j’ai peu pratiqué. C’est mon deuxième poste fixe, et cette fois-ci ce serait bien que je m’y accroche un peu. Dans ma tête, il y a des envies pour ma classe que je n’ose pas encore transformer en projets : coder un petit jeu vidéo, faire des robots, monter un élevage, travailler sur la réduction des déchets, entrer doucement en pédagogie Freinet…

Mon esprit trop indiscipliné s’y perd, c’est très dur de m’organiser un minimum, de m’astreindre à un minimum de rigueur, progressions et programmation… Il me faut encore apprendre à voir la forêt autour de l’arbre.

C’est plutôt difficile aussi de me dire que je vais devoir m’imposer devant ces presque préados. Je suis de moins en moins à l’aise avec l’idée d’exercer une autorité sur autrui (et a fortiori sur des mômes qui n’ont rien demandé), et pourtant il en faut pour enseigner paisiblement… Il faut aussi de la confiance pour ne pas se démoraliser aux discours ambiant du type « ne laisse rien passer à ces enfants tyrans« . Comme avec mes propres enfants, je ne donne ni punitions ni récompenses, je suis en pleine réflexion sur comment transposer cela avec des élèves qui n’ont pas baignés tout petits dans l’éducation « positive».

Un jour, peut-être, je serai cette enseignante géniale qui donnera aux élèves le gout du travail et du questionnement. Etre le genre de personne avec qui j’aurais aimé jadis faire du chemin, celle que j’ai rencontré parfois mais trop brièvement pour en être nourrie. Etre une prof, parmi des dizaines d’autres que ces enfants rencontreront ou ont déjà rencontré,  qui contribuera un peu à en faire des personnes libres et pas que des travailleurs et consommateurs. Des jeunes gens, des adultes qui ne tourneront pas la tête devant l’injustice de ce monde, et qui auront su préserver un peu leur âme d’enfant…  J’ai beaucoup, beaucoup de travail avant d’arriver à cela. En attendant, a minima, j’espère ne pas nuire aux enfants qui vont m’être confiés. C’est si facile de décourager un élève, si facile aussi de leur apprendre à de contenter de peu, du travail moyen qui fait que « ça passe ».

Il me faut me dire que jamais je ne baisserai les bras, en face de ceux qui ne lisent pas encore vraiment, ceux qui butent devant un calcul simple, ceux qui affirment déjà « l’école c’est pas pour moi ». Inlassablement il me faudra rechercher toujours le petit levier, l’étincelle, le don ignoré, s’en persuader, et surtout en persuader les élèves.

C’est mon job. Il reste à trouver comment l’exercer au mieux, avec plaisir et sens. Je ne suis pas sûre d’y arriver, pas encore sûre d’être faite pour ça, moi qui suis passé à deux doigts de la démission. Mais je suis décidée à essayer.

 

Fais passer !

Comment ça commence, mai 2017

Je n’ai pas été bien assidue l’an dernier pour le défi d’Agoaye, je doute l’être beaucoup plus en 2017 avec le « Comment ça commence », mais je me lance tout de même pour le mois de mai. Le principe est très simple : chaque mois, Agoaye propose une amorce pour nous permettre de dévoiler sa prose au monde, la seule contrainte étant que tous les écrits participants commencent par la même phrase tirée au sort .

Voici mon texte (ma « presque première » fiction, soyez indulgents :D):

« — Foutaises ! On ne croit pas un mot de ce que vous annoncez ! C’est complètement, définitivement, TOTALEMENT impossible ! Mais comment osez-vous toi Ajdar et toi Qassim venir nous raconter de telles balivernes ! Foutaises ! Alis et moi sommes fatigués de vos pitreries et de vos pitoyables efforts pour vous faire remarquer, soupira Iskan. Comme si la couronne de l’Obscur pouvait disparaître soudainement, comme ça, après quelque chose comme 1200 ans de sommeil ! »

Les yeux baissés devant les mines fâchées du vieux couple, les deux garçons laissèrent passer l’orage, encaissant les reproches du maître d’école. Puis, quand Iskan eut finit ses récriminations, Ajdar leva la tête, regarda son père adoptif dans les yeux et affirma :

« —  Pourtant lorsque nous sommes arrivés au centre du fort, nous n’avons pas vu la couronne, je le jure sur ce que j’ai de plus cher.

—Ne mêle  pas ta sœur à cette histoire s’il te plait, le réprimanda Alis, le regard soudain durci.

— Je ne suis pas le propriétaire de ma sœur, répondit Ajdar, ce n’est pas à elle à qui je pensais, mais au livre. »

Alis fixa le garçon. Lorsque, 14 ans plus tôt son homme avait découvert, aux abords des mines, deux nouveau-nés à la peau sombre, il y avait dans leur panier d’osier une étrange pierre ronde, dure et noire d’où perçait parfois des reflets rouges, et un livre.  Nul n’était encore parvenu à identifier l’origine de l’ouvrage richement relié, et encore moins à déchiffrer son contenu. En grandissant Ajdar avait considéré l’ouvrage, témoin de son passé, comme « son » livre,  auquel il se sentait étrangement lié. Le couple, qui chérissait les enfants et les considérait comme les leurs, se doutait qu’Ajdar comptait qu’un jour le livre l’éclairerait sur ses origines, et n’osait pas leur avouer de peur de les attrister.

Iskan lui aussi réfléchissait. Ajdar en grandissant avait pris goût aux farces et aux escapades. Ces dernières duraient de plus en plus longtemps, l’entraînant à des endroits que la plupart des habitants d’ici ne connaissaient que de nom. Grand, mince, la peau et les yeux sombres, c’était un garçon drôle, chaleureux, inventif, proche comme un frère de son cousin Qassim. Ajdar aurait pu être la face lumineuse d’une pièce alors qu’Azma sa sœur,  muette et si différente aurait été la face sombre. Bien que l’apparence physique d’Ajdar différât totalement de celle des gens d’ici, les autres enfants l’appréciaient.  Sa nature enjouée n’empêchait pas qu’il fut un adolescent à qui son entourage accordait sans peine sa confiance.

Soit son protégé avait perdu la tête, soit des choses étranges étaient advenues sur le haut plateau. Dans tous les cas, Iskan, tout bougon et borné qu’il était souvent, ne pouvait faire comme si de rien n’était.

Iskan regarda Alis et vit qu’elle était arrivée elle-aussi à une conclusion identique.

« — Soit, à mon âge, je préférerais rester ici avec ma femme, ma fille et un bon repas, mais nous irons voir ce qu’il se passe. Gare à toi mon garçon si c’est une nouvelle farce que tu me joues, ajouta Iskan la mine sombre. Nous pouvons partir demain matin, et bien sûr Qassim peut venir aussi, si son père n’a pas besoin de lui. »

Ce fut trois jours entiers de voyage à dos de mule pour Iskan et le chargement, à pied pour les garçons qui s’impatientaient de la faible allure de la caravane.

Au midi du quatrième jour, ils atteignirent le haut plateau d’Aska’as, terme qui signifie « La victoire ». Celle contre le roi Obscur de la légende, cruel et sans pitié qui mena la bataille autour de la forteresse. On raconte que tant de sang fut versé sur Aska’as que la terre en resta gorgée pendant vingt ans.  On raconte encore que c’est pour cela qu’aujourd’hui, la végétation y est rare, comme si la vie répugnait à reprendre possession du lieu. Mais la chose la plus étrange restait cette couronne, enchâssée dans une sorte de diamant géant de la taille d’un enfant,  pierre si dure que nulle pioche n’avait pu l’attaquer.  Certains soupçonnaient la magie des prêtres de la côte, mais au fond personne ne s’expliquait vraiment le phénomène.  Pacifiques et bons vivants, les gens d’ici n’étaient pas particulièrement curieux.

Tandis qu’ils s’approchaient des ruines de la forteresse, les mules renâclaient de plus en plus et Iskan sentait poindre dans sa poitrine une sensation de malaise diffus. C’était comme une note dissonante et persistante, qui perturbait l’harmonie du monde et résonnait de plus en plus fort sans qu’on parvienne à identifier sa  source.

Aska’as n’avait jamais été un endroit particulièrement chaleureux, avec ses pierres immenses, sa végétation rare et torturée, ses sinistres légendes, et Iskan se faisait sans doute vieux et sensible.  Le professeur appliqua ses habituelles techniques de respiration pour se calmer, mais ce fut en vain.

Le deux garçons, eux, semblaient  cheminer comme à leur habitude, trottant,  parlant fort et chahutant.

Après un rapide repas, ils pénétrèrent dans l es vestiges du fort, dont le temps n’avaient laissé que des pierres érodées par le vent.  Le lieu était désert,  mis à part les adolescents en quête d’exploration, seuls les prêtres de la côte ou de rares étrangers, attirés par l’aventure ou d’hypothétiques profits venaient rarement.  Les garçons se taisaient déjà depuis un moment, mal à l’aise à leur tour, eux qui avaient passé une bonne partie du voyage à plaisanter sur des suppositions plus ou moins farfelues sur la cause de la disparition de l’objet. Il y eut encore un moment de marche. Les pierres écroulées rendaient malaisée  leur progression car il fallait enjamber, contourner et parfois faire demi-tour pour se frayer un chemin. Qui se serait soucié de préserver ces vieilles pierres ?  De toute façon personne n’avait jamais réussi à s’emparer du trésor de diamant en leur cœur.

Ils atteignirent les restes de ce qui semblait être une fontaine octogonale. Là où aurait du se trouver le diamant et sa couronne restait simplement des débris de verre. L’objet avait bel et bien disparu. Et, incroyablement, ce qui rendait sa châsse inaltérable avait été brisé. Iskar se laissa tomber sur le sol et se mis à sangloter.  Le monde qu’il avait connu venait de s’écrouler.

illustration du défi comment ça commence

 

 

 

Fais passer !

Débuter son journal créatif, mon bilan d’expérience

C’est sans but précis que je me suis mise en novembre à mon journal créatif, mais plutôt une envie puissante et soudaine d’en avoir un. Lorsque j’ai appris, via le magazine Peps,  la sortie en poche  du livre de Anne-Marie Jobin Le nouveau journal créatif, A la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, j’ai eu immédiatement envie de me le procurer. Je suis sortie acheter le bouquin un samedi après-midi, en ai lu les premières pages, puis, poussée par le sentiment urgent de démarrer très vite, j’ai repris la voiture  pour acheter le cahier qui me convenait.

Un journal créatif, c’est quoi ?

Le livre d’Anne-Marie Jobin regorge d’idées et d’inspiration,  son propos déborde la seule pratique du journal créatif pour défendre une vision humaniste d’un être, naturellement et de plein droit créatif, relié à lui et au monde.  Mais ça sera, peut-être, le sujet d’un autre article

Selon la définition de l’auteur  « Le journal créatif est un journal intime non conventionnel, un outil d’exploration de soi qui allie les mondes de l’écriture, du dessin et du collage de façon originale et créative »…  « L’accent est mis sur le processus et non pas sur le produit, ce qui implique qu’il n’est absolument pas nécessaire d’être « doué en arts ou en écriture pour en profiter pleinement. C’est un outil concret et flexible, facile à utiliser et accessible à tous »

Comment ça marche ?

Dans le livre de Jobin ou sur le net,  on trouve énormément de propositions. Libres à nous de piocher dans ce qui nous fait envie, sans progressions ou  méthode toute faite.

Parmi les propositions que j’affectionne particulièrement :

Le gribouillage libre : J’ai un crayon dans chaque main et je  laisse courir le trait sur la feuille sans but. J’essaie mes feutres tout neufs. Et me voilà toute petite fille, une après-midi de soleil provençal dans le garage de ma grand-mère à gribouiller pour l’unique plaisir de le faire,  un feutre dans ma main gauche. Jubilation. Juste avant que le jugement des adultes coupe cet élan.

Ecrire en spirale / Faire des mandalas

Ecrire sans s’arrêter un temps un nombre de pages, ce qui nous passe par la tête, sans se soucier de la grammaire et de l’orthographe.  On peut être surpris, voire un peu effrayée de ce qui sort de cet exercice si simple.

Le dialogue entre des parties imaginaires de soi :  Un exercice bien décapant lorsque  l’écoute de soi fait sortir la rage d’une partie négligée. On pourra ainsi à la CNV pour concilier nos différentes aspirations.  Concrètement, c’est l’exercice qui m’a le plus aidée à prendre une décision difficile

La silhouette : Dessiner le contour d’un bonhomme, dessiner, colorier ou écrire dans la silhouette ce qu’on ressent. Dessiner une partie de soi, ou de son corps et la faire parler (perso, j’y  dessine « mes monstres » :D).

Ecriture ponctuée avec un mot ou une phrase qui revient comme un leitmotiv…

En revanche le démarrage du collage a été moins évident. Je n’en avais jamais fait avant, à part un ou deux vision–board  et des choses plutôt très cadrées avec mes élèves.  Peu à peu j’apprends à lâcher prise pour déchirer, découper coller ce qui me passe par la tête (et vive les corbeilles où les bibliothèques désherbent leur vieux magazines..).

Aperçu de ce que à quoi peut ressembler un journal créatif

Qu’est-ce que la pratique du journal créatif peut m’apporter ?

Ecrire dans ce journal me permet de me recentrer et de me détendre. C’est un moment de tête à tête avec moi qui me convient bien. J’arrive relativement bien à porter  attention à ma respiration, mes ressentis corporels.  J’ai une grande impression de liberté.

Je m’y amuse (le dessin  brûlé lors du solstice, photographié, réimprimé et recollé dans le journal…).Dans mon journal, je peux gribouiller comme un bambin, coller des gommettes, ne pas finir, déchirer les feuilles, en recoller les morceaux.  Cela donne la sensation de revenir tout petit, lorsque nous savions encore nous amuser d’un rien.

J’aime bien dessiner, j’adore écrire mais j’ai vraiment du mal à m’y mettre en partie parce que je suis très sévère avec moi-même.  Dans ce journal , je sais que personne ne me lira ni ne regardera. C’est un écrit dont je suis la seule lectrice, un lieu où je peux explorer,autoriser mes émotions,  ressentir la connexion avec moi ou le monde…

La relecture de son journal créatif peut permettre d’identifier, à travers les répétitions de thèmes, les points importants pour un travail sur soi, seul ou accompagné.  Les propositions du bouquin m‘aident beaucoup à aller voir là où ça pique :  me sentir à ma place, gérer l’alternance des sensations de trop plein et de vide intérieur Et surtout me donner le droit d’exister et de m’aimer un peu plus.

J’aimerais m’y mettre mais aurai-je le temps ?

Un journal créatif sera plus satisfaisant s’il est mis à jour régulièrement.  Sa pratique est comparable à celle d’un instrument de musique. S’y mettre régulièrement  une à trois fois par semaine  semble un bon rythme.

Comme tout ce qui prend du temps, on choisit ou non de faire de la place au journal dans sa vie : ai-je du plaisir à pratiquer cette activité, et plus généralement quelle valeur j’accorde à moi-même et à mes aspirations ?  Je trouve incompatible l’écriture du journal avec la présence de mes enfants à la maison, ce qui m’a valu un long arrêt d’un mois (mais c’est une autre histoire). Néanmoins j’étais impatiente de reprendre mon journal et l’ai fait avec plaisir, et après tout  les périodes de contretemps ou de passage à vide font aussi partie de la vie.

De quoi aurai-je besoin ?

Pour être à l’aise, il faut un cahier au minimum de format A4 non ligné, avec des feuilles un peu résistantes. J’ai pris deux cahiers de dessin marque Lana à spirale d’un bon rapport qualité/prix (8 euros les cinquante pages, mais attention l’encre a quand même tendance à traverser, et de toute évidence le cahier n’est pas adapté à la peinture..).  Il faut prévoir aussi de se constituer, et de stocker, des magazines, photos, papier divers à découper. Comme j’ai tendance à amasser des tonnes de papier sans trop savoir quoi en faire (tickets/ journaux/ prospectus/ papiers « jolis »),  mon journal me donne une formidable opportunité pour les utiliser (et un excellent prétexte au fait que je n’arrive pas à m’en débarrasser).

Pour écrire, j’adore les jolis feutres pinceaux,  j’ai aussi une petite boîte de pastel (qui date du collège) et une boîte de crayons de couleurs. J’écris aussi souvent avec mon inséparable Bic quatre couleurs. Pour un déplacemement, il suffit de mettre le tout dans un petit sac, avec un « nécessaire de collage » constitué de quelques photos et papiers dans une enveloppe kraft.  Ce sont « les affaires de maman », elles font partie de mon petit carré personnel que je ne prête pas aux Doux.  Ce à quoi peut ressembler un journal créatif suite

Peu coûteux, libre, personnel et non jugeant, riche en possibilités, je suis ravie d’avoir découvert le journal créatif. C’est une activité riche en potentiel de développement personnel, mais surtout un moment de plaisir et de rencontre avec soi.

Bibliographie : Anne-Marie Jobin Le nouveau journal créatif. A la rencontre de soi par l’écriture, le dessin et le collage, éditions Marabout

Fais passer !

Pleine conscience, intelligence et hauts potentiels selon J. Siaud-Facchin

J’ai eu la chance d’assister samedi à la conférence « Pleine conscience, intelligence et hauts potentiels » par Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne et psychothérapeute, spécialiste des surdoués. La rencontre avait lieu dans une bibliothèque de Grenoble dans le cadre du cycle de conférences « une heure de psy par mois » lesquelles sont toujours une mine d’idées et de réflexions pour moi. Et puis disons que dans la famille, on se sent un peu concernés malgré tout par cette histoire de haut potentiels, ou de zèbritude…
Mme Siaud-Facchin commence sa conférence par cette simple question « comment savons nous que nous sommes là ? ».  La seule façon de le savoir est de nous relier à nos sensations corporelles. Or, nous passons paraît-il 47% de notre vie uniquement dans notre tête, enfermés dans nos pensées et déconnectés de notre corps.   Et bien souvent, nous avons la sensation de gâcher les moments notre vie, de ne pas parvenir à en profiter totalement. « Etre juste là »  représente donc un sacré défi pour la majorité d’entre nous.

Pour corser encore la difficulté, notre cerveau est aujourd’hui sollicité constamment. La moindre occupation, comme choisir un article au supermarché, dire bonjour à quelqu’un,  implique de faire la différence entre l’important et tout le reste.  Jean Philippe Lachaux, directeur de recherche en neurosciences cognitives, dans Le cerveau attentif  a montré que l’attention est une opération mentale de sélection permanente, qui fait que  nous passons notre temps à « scanner » de l’information pour choisir ensuite ce qui est important.

De plus, nous vivons une époque de sollicitation permanente, dont les réseaux sociaux sont l’archétype… Notre cerveau a du mal à s’adapter à cette évolution technologique fulgurante.

Quand Facebook nous empeche de bosser

Pourtant, le cerveau a besoin de paix pour penser. En outre, nous n’éprouvons plus le besoin de travailler notre mémoire, tâche que nous déléguons de plus en plus à nos smartphones et autres dispositifs électroniques… Cela peut devenir handicapant lorsque nous sommes privés de technologies et ne nous rend pas forcément plus performants.  Parallèlement, les émotions sont toujours présentes en nous et  orientent immensément notre attention. Nous vivons donc au milieu de « pompes à attention ».

A quoi sert le calme alors ? Il est démontré que le calme nous aide à nous sentir mieux. C’est selon Mihály Csíkszentmihályi un élément du bonheur. Cet auteur a d’ailleurs conceptualisé l’état de Flow, ce moment délicieux, où pleinement immergé dans ce que l’on fait, nous éprouvons un état de jubilation intense.

Etymologiquement, l’intelligence vient de « inter liggere » c’est-à-dire faire des liens.  Ce n’est pas qu’un processus mécanique, mais un phénomène  indissociable des compétences émotionnelles. Antonio Damasio, dans L’Erreur de Descartes, a montré que la science actuelle donne tort au philosophe qui théorisa la coupure du corps et de l’esprit, contrairement à Spinoza qui, a la même époque, avait compris que la joie était ce qui permettait de grandes réalisations.

Le  haut potentiel intellectuel, pour revenir à un thème principal de l’intervention,  est souvent désigné par l’acronyme HP.  Et c’est très amusant de voir qu’HP c’est aussi Harry Potter. Mme Siaud-Facchin fait un parallèle entre le petit sorcier et les personnes à haut potentiel. Harry Potter est élevé dans une famille qui le considère comme un vilain petit canard. Pour entrer à l’école des sorciers, et réaliser son potentiel, il doit le quai 9 ¾, celui qui n’est pas visible aux yeux des moldus.

En effet, le haut potentiel intellectuel n’est pas forcément un chemin pavé de gloire ou de facilité…  Les personnes concernées, pour qui Mme Siaud-Facchin emploie le terme de zèbre,  sont toutes très différentes, comme il n’existe pas deux pelages de zèbre identiques. Néanmoins, ces personnes partagent bien souvent des traits de fonctionnement spécifiques.

Parmi ces caractéristiques,  on trouve :

  • Un déficit d’inhibition latente : spontanément les personnes ne savent pas sélectionner l’information pertinente, elles peuvent avoir la sensation de se noyer sous les stimuli extérieurs
  • Un surengagement de « l’hémisphère droit » : La pensée de ces personnes ne suit pas un chemin linéaire, au contraire elle se déploie en arborescence, de façon quasi instantanée … Et les personnes pensent aussi avec leur ventre et leur cœur. C’est pour cela qu’il leur est difficile d’expliquer leur raisonnement, elles ne voient tout simplement pas  Si cette forme de pensée est un terreau fertile pour la pensée divergente, elle suscite un doute quasi perpétuel… Ainsi un zèbre qui paraît avoir la grosse tête tente simplement de cacher à lui et aux autres sa grande vulnérabilité. Pourtant cette vulnérabilité est une force puisqu’elle constitue notre humanité.
  • Une grande empathie : les personnes à haut potentiels ont plus de neurones miroirs. Elles se mettent très facilement en synchronisation  avec les émotions des autres.  Ainsi, elles ressentent les événements avec une grande intensité, ce qui accentue leur vulnérabilité, c’est l’ « Intense World Syndrom ». On confond malheureusement souvent cette caractéristique avec de l’immaturité affective.
  • Ces personnes ont des valeurs très fortes et non négociables, au premier rang desquelles figurent la justice, la confiance, l’absolu et l’amour.

La personne risque donc de connaitre des difficultés d’ajustement au monde dans lequel elle vit. Sa pensée en arborescence, que des connexions cérébrales ultrarapides font déployer à une vitesse vertigineuse, est facteur de fatigue et d’agitation.

Les zèbres ont donc tout intérêt à pratiquer la pleine conscience. Les programmes de méditation laïques sont validés par des dizaines d’études qui montrent un effet sur la réduction du stress, la régulation émotionnelle, le renforcement des défenses immunitaires… Décider d’être attentif, c’est comme pouvoir  jouer d’un instrument de musique, il faut apprendre et s’entraîner. Le cerveau a un mode de fonctionnement paresseux (ou économe c’est selon) et il reproduit spontanément ce qu’il connait. Il faut donc un effort conscient pour :

-se poser

-Ressentir

– observer

-laisser être

La recherche d’une harmonie intime nécessite de savoir appuyer sur son bouton pause, un peu comme les silences d’une partition mettent en relief les éléments sonores et permettent de les apprécier pleinement.  La méditation, parce qu’elle permet d’observer calmement ses pensées, favorise la métacognition. La métacognition, c’est la capacité à observer et à réfléchir sur son raisonnement. C’est justement un point faible des zèbres. Or « je suis en train de penser que je suis nul » est bien différent de « Je suis nul ». La méditation développe nos capacités d’écoute active, sans jugement ni intervention.

C’est une urgence de santé publique d’introduire une éducation aux compétences émotionnelles dès la maternelle.  C’est à l’âge de raison (vers 6, 7 ans) que les enfants peuvent accéder véritablement au pratiques de pleine conscience.

Les « surdoués » ont tout avantage à pratiquer la pleine conscience car ils sont particulièrement soumis à leur tumulte intérieur.  Méditer ne peut qu’aider  ceux qui se trouvent en difficulté, ce devrait même  être la préconisation « thérapeutique » de première intention pour eux.

J’ai passé un bon moment à cette conférence bien sympa, animée de main de maître par J. Siaud-Facchin, que j’ai trouvée drôle et chaleureuse.  C’est presque dommage que l’intitulé de la conférence soit Intelligence, Pleine conscience et haut potentiel, car cela laisse croire que cette réflexion ne s’adresse qu’aux HP et à leurs parents, alors que probablement nous avons tous à apprendre d’une telle intervention.  Une fois de plus, le lien est fait, de façon très limpide,  entre pratiques de méditation et communication non violente (CNV), même si seul le terme d’écoute active a été employé et non celui de CNV.

Les développements sur l’attention m’ont appris pas mal de choses, et la référence à l’état de Flow me donne envie de lire le bouquin. Le lien entre pensée en arborescence et pensée divergente, donc innovation (il a été évoqué que les personnes à haut potentiel pourraient être les chamans des temps modernes)  donne peut-être bonne piste de réflexion…

 Dur encore pour moi, la pratique de la pleine conscience, bien qu’intellectuellement je sois convaincue depuis déjà un bout de temps …  J’aurais aimé que Mme Siaud-Fachin développe un peu plus les obstacles à la pratique et leurs solutions, mais sans doute le format assez court de une heure ne lui en a pas laissé la possibilité. Grande fan de JK Rowing  et concernée par cette envie de « trouver ma voie », j’ai été particulièrement touchée par la référence à  Harry Potter. Peut-être en effet que la pleine conscience pourrait aider chacun,  zèbre ou pas, à entrevoir son propre quai 9 ¾…  

PS : La vidéo de la conférence devrait être très bientôt disponible en VOD ici .

Fais passer !

Et si nous ré-enchantions le monde ??

Déjà quelques mois que j’avais noté que Thomas d’Ansembourg,  figure de la Communication Non-Violente dans la francophonie et auteur de Cessez d’Etre gentil soyez vrai, revenait faire une conférence à Grenoble. J’avoue que je suis une grande fan du personnage. C’est d’abord lui qui m’a fait découvrir la CNV, lors d’une journée d’initiation joyeuse et ensoleillée, il y a trois ans. Et ses bouquins, ses interventions trouvent  toujours beaucoup d’échos en moi.

Notre procrastination habituelle a cependant fait que nous n’avons pas pu avoir de billets dans les temps… Quelle déception !  Nous avons quand même décidé, mon homme et moi, d’y aller quand même en espérant que des places se délivrent au dernier moment. Eh bien, notre confiance a payé et nous avons pu assister à la chouette conférence sur ré-enchanter le monde ! J’aime prendre des notes dans ce genre d’événement, mais –par flemme, il faut bien l’avouer- je ne publie pas trop souvent de compte-rendus sur le net.  Mais j’ai trouvé l’intervention de Thomas tellement riche que cette fois,  j’ai l’élan de partager mes notes et impressions ici.

 

Ré-enchanter le monde,  conférence de Thomas D’Ansembourg, le 27/1 à Grenoble

La plupart d’entre nous ont une la nostalgie de l’enchantement. Nous nous sentons comme en exil d’une terre familière.

Les promesses de la science nous ayant déçus, nous avons un sentiment de déconvenue devant le monde tel que nous le voyons. D’où l’idée que si nous voulons transformer le monde, il faut d’abord changer le mode de pensée qui nous l’a fait faire.

1/ Le cheminement personnel, creuset d’une transformation du monde

En effet « Si on fait ce que l’on a toujours fait, on obtiendra ce que l’on a toujours obtenu » (la formule est de Paul Watzlawick). Et nous avons tendance à préférer un malheur connu à un bonheur inconnu. Heureusement, de plus en plus de personnes cherchent un bonheur PERSONNEL et VIVANT dans la CONSCIENCE DE NOUS TOUS.

Selon Patrick Vivertet (philosophe et essayiste, ancien conseiller référendaire à la cour des comptes), les mécanismes du capitalisme fondés sur l’avidité sont destinés à compenser le mal être de la catégorie possédante. L’enjeu du monde est une question de répartition des ressources, et non de disponibilité.

On devrait apprendre l’enchantement dès la maternelle, au même titre que les maths ou l’écriture, car les hommes ne sont pas sur terre pour réussir leurs examens.

Thomas nous propose un exercice : réfléchir sur un moment qui est pour nous enchanteur et le partager avec notre voisin de salle. Quels sont les valeurs et besoins qui sont comblés lors de ces moments ? Qu’est-ce que ça produit à l’intérieur de nous ? Il y a de grandes chances que nous sentions une dilatation de notre être et un sentiment d’élan, d’aspiration vers cet enchantement, ces valeurs.

La non violence, l’intimité, ce n’est pas éviter le conflit, c’est sortir d’une vision du monde basée sur les rapports de force, laquelle nous a été inculqué depuis notre enfance

La violence entraîne la contraction de notre être, nous sentons quelque chose se serrer à l’intérieur de nous. Elle nous éloigne de notre vraie nature : la communication (il n’y a qu’à voir le plaisir avec lequel les gens échangent dans la salle lors du petit exercice), voire même la communion. Nous prenons conscience que le fait de partager en discutant un moment enchanteur est en soi un enchantement.

Travailler sur l’intériorité, conduit à s’aligner sur le fil rouge PERSONNEL, conducteur de notre vie. C’est passer de la souffrance de la division et du morcellement à la paix. C’est passer du manque et du vide, à la plénitude, de l’incohérence à la cohérence, de l’ego à l’être.

Les états de pensée sont contagieux, ce que démontrent les travaux d’Ervin Laszlo. On peut émettre l’hypothèse qu’il existe une sorte de « Google cosmique » dans lequel les individus puisent on ne sait trop comment des idées bien en avance sur leur époque (par exemple Hildegarde de Bingen qui a trouvé des remèdes que l’on redécouvre aujourd’hui à la lumière des sciences)

Il faut développer partout l’hygiène de conscience qui permet d’obtenir la paix. Ce développement passe par un travail sur soi, et également par le fait d’accepter les passages à vides du début, non comme un problème, mais comme un ingrédient de ce travail.

On est divisé par la pensée binaire, on pense être toujours dans l‘obligation de choisir (par exemple entre une carrière artistique et un projet humanitaire). Pourtant ce n’est pas parce qu’on n’a pas de solution maintenant, que nous n’allons pas en trouver une plus tard. En pratique, on constate que lorsque tous nos besoins sont reconnus, une solution émerge.

D’où l’idée qu’un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant.

2/ Qu’est ce qui fait émerger la nostalgie

Il semble que l’humanité, du temps des chasseurs cueilleurs, ait fait l’expérience d’une certaine douceur (en témoigne les restes humains de cette époque, où les squelettes ne portent quasiment pas de traces de violence). On peut émettre l’hypothèse selon laquelle les choses se gâtent avec la sédentarisation, et son corollaire la propriété. C’est ainsi que la femme devient la servante de l’homme, qui décide qu’il lui faut toujours plus de possession pour se sécuriser. La terre et le monde, deviennent des biens,  c’est la naissance du patriarcat et du capitalisme.

Selon Thomas D’Ansembourg, nous subissons deux arrachements successifs, tout d’abord, nous sommes expulsés d’un « Grand Tout » pour nous incarner dans le ventre de notre mère, et puis nous en sommes chassés à la naissance, pour devenir des êtres autonomes. Ça fait beaucoup de déchirements, des atterrissages successifs qui assomment nos êtres, et auxquels nous faisons généralement face de deux façons :

  • L’agressivité, l’ego (« Moi, je , je je… »)
  • La recherche éperdue de socialisation, qui nous fait oublier qui nous sommes pour nous sentir acceptés.

On oscille généralement entre ces deux attitudes, pris entre la peur d’apparaître et celle de disparaître. Tout ça laisse peu de place à un « nous », à un ré-enchantement dans notre appartenance au vivant. Pourtant, la vérité est que nous ne sommes séparés de rien, sauf dans nos systèmes de pensées. En effet, nos systèmes de pensées, hérités des Lumières nous font considérer la nature comme une chose :

  • Le monde serait une grande horloge, un assemblage d’engrenages (Isaac Newton, père de la physique moderne). C’est une vision binaire, linéaire, séquentielle.
  • La dichotomie entre le corps et l’esprit
  • L’idée de Descartes selon laquelle le tout est la somme des parties. Dans cette vision par exemple, une truite, c’est juste un assemblage de morceaux de truite. La vie, le souffle, sont tout simplement ignorées. On peut aussi prendre l’exemple d’une mayonnaise qui n’est que la somme de trois ingrédients, mais qui est tellement plus que ça, et pour laquelle les ingrédients ne pourront jamais revenir à l’état initial.
  • L’interprétation de la théorie de Darwin sur l’évolution, le fameux « manger ou être manger» (au passage, ce qu’a écrit Darwin sur l’empathie chez les animaux a été ignoré)
  • La culture du malheur : la vie est rude, « on n’est pas là pour rigoler ». Par conséquent, la peur de perdre un bonheur du fait d’un événement extérieur fait de nous des champions de l’auto sabotage.

Le fait est que nous sommes des êtres infinis coincés dans des corps finis. Si on ne trouve pas des façons personnelles et vivantes de nourrir l’infini en nous, la désolation et l’amertume s’installent, ce qui conduit au cynisme et à la violence.

Des pistes vers l’intériorité:

  • Ecouter nos rêves pour cerner ce qu’ils nous apprennent sur nos besoins profonds, et chercher comment s’occuper de ces besoins dans la vie de tous les jours.
  • Apprendre à contempler ce qui est juste là devant nos yeux.
  • Il est important de se poser la question sur « est-ce que ma façon d’être au monde incarne le rêve que j’ai pour le monde ». Par exemple, soyons inspirés par l’attitude de Mandela, qui, au sortir de 33 ans de prison, s’allie avec ceux qui l’ont condamné pour tourner la page de l’apartheid. Ici, le « je »  est mis au service de la communauté, au mépris des rancunes personnelles.

Il semble que de telles attitudes se développent chez les individus d’aujourd’hui. C’est très encourageant quand on sait connaît des travaux scientifiques qui font apparaître que, quand un petit nombre d’individu atteint un certain niveau de conscience, celui ci se propage dans toute la communauté, par un phénomène encore inexpliqué qui passe de conscience à conscience, sans l’aide des cinq sens (les observations de Rupert SHELDRAKE sur les mésanges et les bouteilles de lait)

En outre, on note dans la population mondiale l’émergence de « créatifs culturels», c’est-à-dire  des personnes dont la pensée s’éloigne du mode dominant fondé sur l’individualisme et la pensée binaire (voir le film DEMAIN). On remarque aussi que dans les villes où la délinquance est forte, si une partie de la population se met à méditer, le taux d’infraction chute. Comme si la fréquentation de l’absolu nous permettait d’avoir un impact direct sur le monde. Ainsi, la part de chaque colibri, mise bout à bout, peut donc faire une belle envolée.

La terre, un petite plante à protéger

J’avais déjà lu « Qui fuis-je ? Où cours-tu ? A quoi servons nous ? Vers l’intériorité citoyenne », le livre dont est tiré cette conférence,  je connaissais donc déjà le fond du propos. J’ai cependant bien accroché cette fois-ci, plus qu’à la lecture du bouquin qui ne m’avait que moyennement convaincue. Je trouve que l’idée selon laquelle un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant devrait être diffusée partout. Je suis convaincue du fait que la non-violence commence à l’intérieur de nous, et qu’il faut emprunter la difficile et inconfortable voie de l’intériorité si nous souhaitons répandre quoi que ce soit de positif dans notre entourage.  

Thomas D’Ansembourg a aussi parlé de la sensation de déchirement de notre être , pris dans des aspirations contradictoires et de la possibilité de s’en sortir sans faire de choix binaires… J’ai été brassée très sensible à cette partie qui rejoint mon expérience actuelle. Ecrire, faire de la musique, s’engager dans une association, avoir un salaire qui permette d’offrir indépendance et qualité de vie à ma famille, autant d’envies, de tensions qui me paraissent douloureusement inconciliables. Je vais donc continuer de travailler sur mes besoins et m’accrocher très fort à l’idée, qu’un jour, une solution va émerger…

Je suis perplexe devant certaines expériences présentées (en particulier les travaux sur la conscience de l’eau, que mon esprit critique trouve un peu «perchés »). En revanche, j’aime bien l’idée du « google cosmique ».  Je suis une grande utilisatrice d’internet,  j’ai le réflexe de tout y chercher (trop ??). Par  conséquent l’idée que tout est déjà là et que développer l’intériorité permet de mettre en marche un moteur de recherche interne me plaît. Ce n’est peut-être pas très rationnel, mais les jours où j’ai confiance en la vie et que je me sens bien, j’arrive à prévoir pas mal de choses, ce je considère habituellement comme mon « sixième sens ».  Et comme la plupart des gens, j’ai expérimenté des situations qui ressemblent à de la télépathie. Pourquoi ne pas alors cesser de considérer ces expériences comme le fruit du hasard, et accepter le fait que nous sommes peut-être reliés par des canaux qui nous échappent ?

Je suis reconnaissante à Thomas D’Ansembourg de défricher pour nous, avec brio et humour,  ce que seront peut-être les chemins d’un futur vivre ensemble. Je vais me mettre très bientôt à la lecture de « Du je au nous » la nouvelle édition du bouquin (et mon exemplaire a été gentiment dédicacé #ModeGroupieOn !! ).

 

Fais passer !

Plumes et paillettes

Cette semaine, pour la partie écrit de « un défi ou un écrit »nous sommes invités à plancher sur “Plumes et paillettes”. Peut-être bien qu’Agoaye avait en tête, lorsqu’elle a imaginé ce sujet, le côté à la fois festif, léger et réconfortant de ces deux accessoires. Hélas, je n’apprécie guère ni les plumes, ni les paillettes. Elles m’évoquent la gaieté qui me fait trop souvent défaut. Voilà donc un vrai défi que je choisis de relever ! Et je serai bienveillante avec ma maladresse, puisque je veux que chaque écrit me permette de progresser.

Plumes qui jonchent le sol de l’immense volière de mon ami. J’en respire la lourde odeur, j’écoute les pépiements des occupants, et m’attendris devant l’oisillon fraîchement éclos.

Plumes arrachées de l’oiseau attrapé par le chat. Ou pire, celles de l’oie plumée à vif, pour un duvet ou un oreiller.  Comme je déteste ces plumes de souffrance !

Plume trouvée lors d’une promenade en forêt, et qui complétera la coiffe d’indien d’une fillette ravie.  Morceau de nature si fragile qu’il s’abimera bientôt sous des doigts maladroits et étourdis, et que des adultes jetteront en douce.

Plumes sur l’imprimé du tee-shirt de ma fille, oublié depuis trop de mois sur un cintre et retrouvé hier, comme un clin d’œil du destin au défi de la semaine !

Tee-shirt noir à plumes

Elle ne dort pas, elle tète 😉

Les paillettes “pour décorer les dessins”, sorties du placard de la maîtresse, lors d’un coup de mou pédagogique.  “ Maîtresse, elles sont belles ces paillettes !! “.  Les petites touches dorées qui s’incrustent sur les joues et les cheveux, au grand ravissement des enfants. Les paillettes font décidemment partie de l’arsenal pour instiller un peu de douceur dans le train-train de la classe.

Les paillettes dans le placard de l’entrée, achetées pour occuper les Doux. Sans elles, nos traditionnels bricolages de Noël perdraient sans doute de leurs charmes.  La boîte, pourtant bien fermée, a été renversée par terre par un bébé astucieux, sous les hurlements agacés des aînés. Nous serons envahis de paillettes pendant quelques jours. Minuscules, elles savent se défendre face à l’aspirateur.  Parfois, je me laisse prendre au jeu et m’empare du vernis-colle pour « décorer » moi aussi. Pourtant, je n’ai pas souvenir d’avoir joué avec des paillettes enfant. Ce n’était pas encore très répandu ou bien  j’étais une petite fille trop sérieuse. Où est-ce parce que j’ai appris, plus ou moins explicitement, que le futile c’était mal ?

Photo de paillettes

Collage de paillettes, pas plus tard qu’hier soir.

Les paillettes, touches de couleur jaune, dans l’iris bleu d’un être aimé. Bien que je le connaisse depuis presque vingt ans, j’ignore de qui il a hérité cette couleur.

Les paillettes que le soleil allume dans la neige, une matinée d’école buissonnière avec mon fils aîné. Collés l’un contre l’autre, skis aux pieds sur le télésiège, nous admirons les sapins et guettons les écureuils. J’écoute son bavardage, léger mais déjà pertinent, et je me demande quelle reine a un tel privilège. J’aime ces paysages et cette liberté arrachée au quotidien.

Les plumes et paillettes, enfin, ce sont aussi celles des réseaux sociaux, de nos comptes Facebook ou Instagram. Ce sont les faces légères de nos existences, toutes ces jolies photos qui laissent croire que leurs auteurs mènent une vie rêvée.  Les likes et les commentaires font toujours du bien, même si peu l’avouent franchement. Etre bienveillant, c’est parfois voir cet étalage comme une revanche sur une réalité bien plus morne. « Show must go on » et le virtuel sait se faire un instant réel.

 

Voilà j’en ai terminé. J’ai du me creuser un peu la tête pour pondre ces quelques lignes, mais finalement j’aime bien mon texte. Merci à Agoaye pour son idée, et aussi à ceux qui m’ont lue jusqu’au bout.

 

Fais passer !