Défis de rentrée

Les cahiers sont sortis, les livres du maîtres, les manuels envahissent la table de la salle de séjour. Des dizaines d’onglets sont ouverts sur mon navigateur. Sur mon disque dur, il y a un nouveau dossier intitulé CM2017-2018 qui se remplit progressivement de sous dossiers et documents.

Je reprends une nouvelle école, avec double niveau sur lequel j’ai peu pratiqué. C’est mon deuxième poste fixe, et cette fois-ci ce serait bien que je m’y accroche un peu. Dans ma tête, il y a des envies pour ma classe que je n’ose pas encore transformer en projets : coder un petit jeu vidéo, faire des robots, monter un élevage, travailler sur la réduction des déchets, entrer doucement en pédagogie Freinet…

Mon esprit trop indiscipliné s’y perd, c’est très dur de m’organiser un minimum, de m’astreindre à un minimum de rigueur, progressions et programmation… Il me faut encore apprendre à voir la forêt autour de l’arbre.

C’est plutôt difficile aussi de me dire que je vais devoir m’imposer devant ces presque préados. Je suis de moins en moins à l’aise avec l’idée d’exercer une autorité sur autrui (et a fortiori sur des mômes qui n’ont rien demandé), et pourtant il en faut pour enseigner paisiblement… Il faut aussi de la confiance pour ne pas se démoraliser aux discours ambiant du type « ne laisse rien passer à ces enfants tyrans« . Comme avec mes propres enfants, je ne donne ni punitions ni récompenses, je suis en pleine réflexion sur comment transposer cela avec des élèves qui n’ont pas baignés tout petits dans l’éducation « positive».

Un jour, peut-être, je serai cette enseignante géniale qui donnera aux élèves le gout du travail et du questionnement. Etre le genre de personne avec qui j’aurais aimé jadis faire du chemin, celle que j’ai rencontré parfois mais trop brièvement pour en être nourrie. Etre une prof, parmi des dizaines d’autres que ces enfants rencontreront ou ont déjà rencontré,  qui contribuera un peu à en faire des personnes libres et pas que des travailleurs et consommateurs. Des jeunes gens, des adultes qui ne tourneront pas la tête devant l’injustice de ce monde, et qui auront su préserver un peu leur âme d’enfant…  J’ai beaucoup, beaucoup de travail avant d’arriver à cela. En attendant, a minima, j’espère ne pas nuire aux enfants qui vont m’être confiés. C’est si facile de décourager un élève, si facile aussi de leur apprendre à de contenter de peu, du travail moyen qui fait que « ça passe ».

Il me faut me dire que jamais je ne baisserai les bras, en face de ceux qui ne lisent pas encore vraiment, ceux qui butent devant un calcul simple, ceux qui affirment déjà « l’école c’est pas pour moi ». Inlassablement il me faudra rechercher toujours le petit levier, l’étincelle, le don ignoré, s’en persuader, et surtout en persuader les élèves.

C’est mon job. Il reste à trouver comment l’exercer au mieux, avec plaisir et sens. Je ne suis pas sûre d’y arriver, pas encore sûre d’être faite pour ça, moi qui suis passé à deux doigts de la démission. Mais je suis décidée à essayer.

 

6 réflexions au sujet de « Défis de rentrée »

  1. Toutes ces craintes, ces interrogations et ces espoirs font de toi une enseignante géniale ! Dans la vie, tout ne se passe pas toujours comme on l’aurait rêvé mais tu as ton métier en passion et je suis sûre que tu vas réussir à t’épanouir avec tes élèves et que dans 10, 20 ou 50 ans, ils repenseront à leur maîtresse de CM … qui leur a appris plus que les divisions et les fleuves de France !

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