Retour sur ma première semaine de nanoWrimo

Mis en avant

Je vois pas mal de personnes, dont certaines de mes amies qui écrivent très régulièrement et lancent dans des projets d’écriture. Cette année nous avons besoin de projets qui nous portent et nous permettent de nous évader et nous ressourcer loin de la morosité ambiante. Par chance, le NanoWrimo est tombé cette année en même temps que le second confinement, qui est clairement celui de trop. 

Mais c’est quoi au juste le NanoWrimo ?  NaNoWriMo, c’est la contraction de  » National Novel Writing  month», ou « mois national d’écriture de roman ». Il s’agit un défi américain d’écriture créative où chaque année les participants, partout dans le monde, tentent de produire 50 000 mots, soit l’équivalent d’un petit roman entre le premier et le trente novembre. On ne gagne rien au NanoWrimo (Nano pour les intimes), si ce n’est la fiérté d’avoir réussi, on déclare juste le nombre de mots sur le site… Personne ne viendra vérifier si vous avez effectivement écrit le bon nombre de mots, ou 50 000 fois la même chose si cela vous chante. 

Pourquoi je me suis décidée ?  

J’ai eu une période assez productive en textes il y a huit ou neuf ans. C’était l’époque où une »une » Hellocotton illuminait la semaine de la horde de mamans blogueuses dont je faisais partie.

Maintenant, je ne suis plus ni très courageuse ni assidue, mais surtout j’ai du mal à ne pas me mettre la pression. Et à force de vouloir rédiger uniquement des trucs intéressants, je finis par ne plus écrire du tout. Et si on considère que l’écriture est un peu comme le jogging, c’est alors l’infâme cercle vicieux de la contreperformance et de la démotivation qui s’enclenche.

Comme beaucoup, j’ai des idées à la pelle, des ébauches d’histoire, des personnages qui attendraient une intrigue taillée pour eux, mais de là à me donner les moyens de terminer quelque chose, c’est une autre histoire. Pour moi, l’écriture d’un roman ou même d’une nouvelle c’est quelque chose aussi attirant qu’effrayant. Comme partir en terre inconnue et risquer de se retrouver on ne sait où, s’épuiser sur la route, ou faire de mauvaises rencontres. Bref, une aventure périlleuse et assez solitaire.

Et puis un jour, une amie m’a demandé si je serais intéressé pour former un petit groupe d’écriture et nous soutenir mutuellement. C’était à la fin du mois de septembre et je savais que le NanoWrimo approchait, car chaque année je me dis que j’ai très envie d’essayer. Et puis j’avais un boulevard pour tenter le Nano, ou du moins un petit chemin. Je suis à la maison et les choses se clarifient avec les garçons (diagnostic et prise en charge TSA pour l’aîné, diagnostic de dys à confirmer pour le Mini).  Je n’ai pas beaucoup de temps pour moi mais c’était l’occasion de m’entraîner à en dégager (ce qui serait une compétence utile dans le cas où un jour j’arriverai à avoir une formation, ou un travail ou pourquoi pas même les deux, soyons fous). Donc l’idée de faire le défi s’est rapidement imposée, mais au départ sur un demi nano « à la carte », d’environ 25 000 mots, parce que 50 000 étaient un chiffre qui me paraissait irréalisable.

Un nano ça se prépare ?

D’après ce que j’ai lu à gauche à droite, on peut en gros naviguer entre deux pôles, qui va de la préparation minutieuse (incluant cartes, fiches personnages, recherches) à l’improvisation totale commençant le 1er novembre. Impossible pour moi de me lancer sans rien, l’idée d’arriver à une impasse étant assez stressante. J’ai donc fait un petit travail de préparation, je dirai une quarantaine d’heures au mois d’octobre. J’ai réfléchi à mes personnages principaux, mes lieux, tracé une carte sommaire du pays de Sval où se déroule la majeure partie de l’histoire. Je me suis plongée dans les guides d’OS Card (celui qui a écrit la stratégie Ender, un auteur que j’adore) et dans le bouquin de John Truby (Anatomie d’un scénario, bien connu des apprentis auteurs scénaristes). J’ai d’abord utilisé un cahier papier garni de post-it puis quand celui-ci est devenu trop chargé, je suis passée sur Sciène logiciel très pratique qui permet d’organiser ses notes en classeur.  Il y a eu pas mal de lacunes dans mon travail préparatoire, mais bon j’ai fait au mieux et c’est une première fois. 

J’étais fermement décidée à commencer à rédiger mes 800 mots par jour du premier novembre au trente novembre. 

Et voilà, nous sommes le samedi 7 novembre au soir et je viens de boucler la première semaine. 

Mon bilan provisoire : 

Comment je me suis organisée ?

 Dès le premier novembre j’ai revu mon objectif initial à la hausse et décidé de viser les 50 000 mots. Finalement, ce n’est pas si difficile de rédiger en sachant vaguement ce que l’on veut raconter et en étant pas trop regardant sur la qualité. Le premier jour a été assez intense en émotions, je me savais engagée, du moins avec moi-même, pour un mois entier et j’ai eu du mal à trouver le sommeil à la pensée de l’aventure qui m’attendait. 

Et puis la semaine s’est déroulée doucement mais intensément. 

J’ai pris doucement un rythme de croisière. Le défi me prend entre trois et quatre heures par jour minimum, mais je pense que le temps à passer peut varier énormément selon les personnes et leurs attentes. Prendre ces grandes plages de temps pour mon projet implique de m’organiser un peu différemment. Je garde les corvées indispensables de la maison, la course à pied, l’aide au travail de l’enfant qui suit le CNED mais j’ai fait une croix momentanée sur Netflix et les réseaux sociaux (qui sont totalement déprimants en ce moment cela tombe bien), opté pour des repas un peu moins cuisinés… Cela donne un emploi du temps bien serré. Et je profite des jours sans école pour avancer un petit peu plus vite.

J’ai un petit rituel quand je suis à la maison, à base de tisanes, casque anti-bruit (je fais partie des gens qui ont besoin de silence pour se concentrer), minuteur réglé sur des plages de 30 minutes à une heure. J’ai remis des post-it papier à côté de mon PC sur lesquels mets mes idées et les points à éclaircir, et que je range ensuite dans mon cahier papier. Je rentre mon compte de mots sur le site officiel du Nano, quasi, une fois par jour, ça peut paraître idiot mais c’est très motivant de voir la barre du compteur se remplir 

Mais qu’est-ce que ça apporte de s’imposer autant de travail ? 

A vrai dire la première fois que j’ai entendu parler de ce défi, je me suis dit que ce n’était certainement pas fait pour moi. Et finalement je suis très contente de ce que j’ai appris cette première semaine. Déjà, le défi oblige à aller vite. Et on n’a pas le temps de beaucoup réfléchir en écrivant autant. J’avais un canevas que je savais imparfait. Le matin je me réveille souvent avec seulement les grandes lignes de ce que je vais écrire. Souvent les premières phrases sont des tours de chauffe et les idées viennent progressivement. Si je n’avais pas eu le défi je n’aurai pas rédigé car je savais que mon plot et mes personnages étaient plus que perfectibles. Mais en écrivant sans me censurer de bonnes idées finissent par venir et parfois les personnages agissent d’une manière que je n’avais pas prévu. Si je sens que le bout d’histoire est fini pour les journée et que je n’ai pas les 1667 mots minima, je reprends mon texte et je l’enrichis d’une description, en essayant de ne pas chercher la qualité mais le développement.  C’est un bel exercice de déblocage.

Le nano m’apporte aussi une grande plage de régularité. Outre arriver aux 50 000 mots, je me suis fixée comme objectif d’écrire tous les jours. Trente jours c’est beaucoup mais on peut raisonnablement espérer en arriver au bout. Et c’est également une grande aide pour la motivation que de se sentir épaulée par la communauté des gens qui font également le défi, en effet il y a des groupes Facebook et discord dédiées aux apprentis romanciers et dans lesquels la règle est la bienveillance. 

N’est-ce pas idiot se focaliser sur le nombre de mots ? 

A première vue le seul objectif du nombre de mots peut sembler bien superficiel. Pour les atteindre, il parait que certains n’hésitent pas à user de stratagèmes divers comme des noms composés ou des descriptions interminables. Et c’est tant mieux parce que cela apporte une vraie liberté, de se dire que pour une fois la quantité prime sur la qualité. Alors les nanoteurs sont encouragés à s’amuser, à se lâcher et être créatifs. Il sera toujours temps plus tard de retourner chercher son esprit critique et attaquer une révision sévère. Le nombre de mots est là pour donner une dynamique, à travers un objectif tangible et « challenging » mais je pense que toute personne qui tente le défi concrétise un peu son envie d’écrire et peut s’estimer gagnant. C’est un pari que l’on se lance à soi-même et qu’on est le mieux à même d’estimer atteint ou non

Bref, je me suis bien amusée cette semaine et j’arrive à un total honorable de 13 662 mots. Je suis pleine d’impatience et un peu inquiète car je vois arriver à grand pas le “ventre mou” du milieu de mon histoire. Il va falloir mettre un coup de collier pour trouver des idées et la fatigue risque bien d’arriver. Et promis, je viendrai raconter ma deuxième semaine le week-end prochain…

Non, non je m’amuse pas comme une gosse avec les stats et les badges, c’est vraiment pas mon genre 😀
Fais passer !

Prologue d’histoire en passant

Mis en avant

A peu de temps d’intervalles deux amies m’ont demandé de relire les premiers chapitres de leur romans, ce que j’ai fait avec plaisir. J’adore relire et corriger les écrits des autres, mais en dehors d’une pratique très -trop- épisodique du journal créatif, j’ai bien du mal à commencer des textes personnels. C’est un fait les journées ne font que 24 heures, et outre l’organisation familiale, j’ai déjà quelques projets personnels sur le feu, dont le gros morceau de la reconversion. Néanmoins je sais que je pourrais grapiller un peu de temps au smartphone et aux réseaux sociaux pour écrire aussi un peu « pour moi » plus régulièrement, puisque j’ai su le faire il y a quelques années alors que j’avais deux très jeunes enfants. Et puis je n’ai pu me résoudre à conclure que c’était une dépense inutile et ai renouvelé récemment l’hébergement du blog, donc l’envie est encore un peu là. C’est encore compliqué pour moi d’envisager l’écriture d’une histoire entière, pour me motiver je vais réfléchir au fameux NaNoWriMo de novembre, mais sans doute seulement en partie.

Il y a un moment que ce petit texte était dans un coin de ma tête. A la faveur d’une après-midi tranquille, je l’ai fait naître au monde d’ici. C’est une pierre de mon univers, même si sa suite n’est pas prévue pour le moment .

Prologue

Elle se tenait immobile sur un rocher, surplombant l’océan des possibles.

Elle ne pouvait détacher ses yeux du chatoiement des ondes. La danse monotone de la houle à ses pieds pouvait traîtreusement conduire à l’ennui mais elle n’était pas dupe. Elle savait que sous chaque vague en bas, rassemblant bien plus de puissance qu’elle ne pourrait jamais acquérir, couvait un danger mortel. C’était une ronde incessante de forces qui chacune pourrait la secouer, la noyer, l’envoyer au fond, avant de peut-être daigner recracher son corps au seuil de la plage. Cette impressionnante démonstration la terrifiait et l’attirait à chaque fois.

Elle ferma les paupières quelques instants, se força à prendre quelques respirations tranquilles pour calmer son cœur, comme on lui avait appris. La brise salée, comme une promesse, rendait ses vêtements moites et ses yeux secs. « Ce fut un long trajet, mais je suis d’ici » pensa-t-elle.

Ayant pris la ferme décision d’étudier le spectacle que lui offrait l’océan se brisant sur les rochers, elle ouvrit les yeux et respira à nouveau. Les vagues se découpaient en fractales de vaguelettes, de gouttes, d’embruns… C’était un ballet unique d’eau et de reflets, qui s’offrait sa propre musique, à la structure obscure pour ses oreilles humaines.

Elle devait apprivoiser cette eau, elle était d’une famille de marins après tout. La tête lui tournait. Elle s’assit. Ferma les yeux. « Doucement, respire, tu n’as pas fait ce chemin pour faire demi-tour, respire, détends tes épaules, le reste, voilà, regarde ».

Tandis qu’elle s’absorbait dans l’étude de l’eau, continuant de juguler le sourd malaise en elle, quelque chose changea.

Sous ses pieds, un champ se superposa lentement à l’étendue liquide. Cela aurait pu être un pâturage, balayé par la brise du printemps, lorsque l’herbe commence à poindre mais qu’il est encore trop tôt pour y sortir des bêtes. De son promontoire, sur l’eau, comme un calque sur lequel un maître aurait minutieusement dessiné, elle pouvait voir de plus en plus distinctement chaque brin de végétation, chaque trou de rongeur, chaque fourmilière. Cette multitude d’images frappait sa rétine presque de façon douloureuse. Elle pensa : « chaque brin d’herbe une histoire, chaque feuille un monde ». Une infinité de possibles, un surprenant nuancier entre la douleur et l’extase. Chaque monde créé par l’eau et la terre devait avoir son propre caractère, ses propres règles peut-être. Elle se demanda quelle pouvait être la nature du lien entre eux : un fil, une rivière souterraine, un code, une structure commune ? Elle ne saurait peut-être jamais, mais peu importait finalement si elle trouvait un moyen de s’y rendre. Car, lentement mais sûrement la curiosité l’emportait sur la peur. « Ne fonce pas Capitaine, réfléchis, n’oublie pas que c’est ta tête bien plus que tes muscles qui t’a permis de vivre jusqu’ici ». A quel degré de maîtrise devait-elle s’attendre ? Devait-elle concentrer ses efforts juste pour ne pas se noyer ou pourrait-elle façonner ces champs et cette mer en jardin ? Y construire à sa guise, ou suivre les plans que l’eau et la terre avaient décidé, tout en lui faisant habilement croire qu’elle était la seule maîtresse ? « La meilleure façon de se faire une idée reste d’aller voir ». Qu’avait-elle à perdre finalement ? Et elle n’était pas encore faible, les années de formation à l’Académie lui ayant donné une discipline de fer, que ni les épreuves des multiples campagnes, ni les années heureuses de son mariage n’avaient réussi à réellement amollir.

« C’est donc pour aujourd’hui » pensa-t-elle. Elle se leva, fit quelques pas en direction du vide. Il devait y avoir un moyen de rejoindre le bas. Elle quitta son gilet brodé, ses bottes jadis luxueuses mais désormais usées, les fourra dans le sac qu’elle remit sur son dos. « Là ici, entre ces pierres et ces arbustes rabougris, cela devrait passer ». Elle s’accroupit, posa ses mains sur la roche et engagea la descente.

Photo souvenir de la mer rencontrant la falaise de Bonifacio, lors d’une grande promenade qui a en partie inspiré ce texte.
Fais passer !